mardi 20 septembre 2016

Docteur, j'ai rendez-vous avec vous!

De celui qui arrive très en avance et scrute la salle d'attente à celui qui a du mal à partir à la fin de la consultation, les comportements des patients m'intéressent énormément. D'abord, l'attitude infantile qu'un bon nombre d'entre eux affiche, quels que soient leur âge, leur origine socio-professionnelle, et leur motif de consultation. Souvent touchante, à la longue, elle en deviendrait agaçante, comme avec un enfant, surtout en fin de journée.
Parfois, cela commence dès l'arrivée dans l'immeuble avec un vent de panique: ''sur quel bouton appuyer? La porte ne s'ouvre pas? Docteur, je suis coincé en bas... '' Ils se sentent vite désœuvrés.
Une fois dans le cabinet, ils ne parviennent pas à donner le nom de leurs médicaments, de leurs pathologies. Ils perdent leurs moyens devant le médecin tels des enfants interrogés au tableau.
La recherche du nom du traitement est un travail de détective et ressemble à un quiz d'émission télévisée, avec parfois une lueur d'espoir grâce aux smartphones:
‘‘Attendez docteur, je crois que j'ai pris mon traitement en photo...''
Certaines remarques nous désarment: '' vous savez le petit comprimé blanc dans une boîte bleue'', '' donnez-moi des noms, je vous dirai si c'est ça'' ou bien encore '' vous voyez, la crème classique très forte à mettre le soir''.
Ils espèrent que les médecins vont leur souffler la réponse comme un camarade en classe, imaginant que les soignants connaissent les noms, les emballages et les galéniques des médicaments princeps et génériques, ou qu'ils ont des pouvoirs divinatoires, qui sait.
J'aime aussi beaucoup les descriptions des soins maison: '' ma grand-mère m'a appliqué un mélange de miel et d'huiles essentielles'', '' j'ai mis du dentifrice sur mes boutons du visage, on m'a dit que ça marchait''.
Après l'interrogatoire, ils se tiennent debout, interdits, devant le lit d'examen: ''où dois-je m'installer?''
En plus, l'examen dermatologique nécessite souvent de se déshabiller complètement (ou presque), ce qui les met encore plus mal à l'aise et leur rappelle leurs cours de natation pendant leur adolescence...
Puis, ils ne sont pas spontanés dans leurs explications, inquiets du jugement du praticien. A la question: ´´vous vous mettez beaucoup au soleil?´´ lorsque vous observez une peau très abîmée et de nombreux stigmates des expositions multiples, la réponse est souvent: ´´ non, je n'y vais presque jamais et je me protège toujours avec de l'écran total. ´´
Pris sur le vif, ils tentent de cacher la vérité.
Autre attitude que les soignants observent: la flatterie.
Je trouve toujours bizarre quand un patient me déclare: '' vous êtes mon dernier espoir, j'ai déjà vu 4 de vos collègues mais personne n'a vraiment réussi à me soulager'', cela me met une de ces pressions...
Ou pire: ''j'ai vu votre collègue le Dr R., non seulement elle n'est pas sympa, mais elle a été nulle''.
Et là, quoi que je puisse penser de Dr R., j'essaie d'avoir une attitude confraternelle, je soutiens Dr R.et je croise les doigts pour que ce patient ne me descende pas de la même manière une fois sorti de mon cabinet.
Certains patients par contre sont très angoissés, limite hostiles, ils viennent avec une liste de questions interminable et un historique de plusieurs décennies.
Ils sont incollables, ils ont surfé sur le web, participé à de nombreux forums, ils vous attendent au tournant, ils savent quel traitement doit leur être prescrit. Vous avez l'impression de repasser le Concours.
D'autres souhaitent mutualiser leur consultation, ou ils n'ont pas trouvé de créneau supplémentaire, et demandent votre avis pour une autre personne ''vite, enlève ton tee-shirt, le docteur va regarder ton bouton'' ou un avis sur une personne qui n'est pas là ''mon fils a des rougeurs du dos quand il fait chaud, vous croyez que c'est quoi?''
On pourrait ainsi faire une véritable étude sur l'humain et ses différentes réactions rien qu'en suivant plusieurs jours de consultation.
F

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