mardi 5 janvier 2016

Mon sexe, il fait mal!

Les infections (sexuellement transmises ou non) ne sont pas les seules à provoquer des douleurs génitales. J'avais reçu dans mon cabinet, il y a quelques années un jeune homme  Patxi, 25 ans, rugbyman, pour un problème de verge, dont la peau s'était progressivement épaissie. Il avait l'horrible l'impression d'un manchon dur enserrant son sexe (une sorte de carapace) avec une aggravation pendant les rapports à l'origine de fissures. Il avait été poussé  à consulter par des membres de son équipe de sport, venus patienter avec lui en salle d'attente et le soutenir. J'avais toujours admiré la solidarité de ce milieu, j'ignorais l'existence d'une telle intimité...
Il s'agissait d'une forme avancée de lichen scléreux (sans origine infectieuse comme son nom ne l'indique pas). Il a dû être circoncis suite à l'échec du traitement médical. Ses amis l'ont rebaptisé David, sa vie sexuelle est redevenue normale, il me doit une fière chandelle.
De nombreuses habitudes sexuelles, sans contexte violent, causent des lésions dermatologiques à type d'eczéma de contact  ou de dermite d'irritation.
Ceux qui ont fait l'amour dans les années 80 se souviennent peut-être du film 9 semaines et demi et des jeux du couple Basinger-Rourke avec de la confiture, du miel...Sur les muqueuses, certaines substances sont irritantes et l'irritation s'amplifie lorsqu'on frotte (pâte à tartiner, chantilly...) ou pire qu'on utilise des antiseptiques afin de les retirer. Les préservatifs aromatisés et les lubrifiants parfumés occasionnent des eczémas de contact, avec un grattage parfois féroce et un œdème, et parfois des bulles (cloques).
Certaines décorations visent à l'embellissement des zones intimes: les tatouages (mon favori demeure un paon dessiné sur la vulve et le pubis d'une patiente), le vajazzling ou pubis strassé, idéal pour les fêtes, les bouglous petits éléments introduits grâce à de petites incisions sous la peau du pénis et conférant un aspect de petites boules (ornement? habitude ethnique?) qui n'ont aucun lien avec Noël et qui viendraient d'Asie du Sud Est.
Mais d'autres, par contre, optimiseraient les sensations lors des rapports sexuels:
les bijoux comme les piercings du gland, du méat urétral (l'orifice pour uriner), d'une petite lèvre, du clitoris...
Malheureusement, elles peuvent entraîner des déchirures des muqueuses, des bulles de friction (sortes d'ampoules comme on en a avec des frottements trop intenses dans de nouvelles chaussures).
La mode de la violence dans la sexualité, rendue plus accessible par les livres de E.L James (et son bonding), a fait surtout découvrir aux médecins, en particulier ceux des dispensaires des IST(infections sexuellement transmissibles) des lésions de type morsures, plaies, blessures, arrachages de morceaux de peau, empreintes d'incisives, sur le pénis, la vulve ou les testicules. 
Ces lésions purement traumatiques, souvent douloureuses, laissent parfois perplexes quant au diagnostic: l'interrogatoire n'est pas aisé puisque soit les patients, n'étant plus dans le feu de l'action, ont oublié leur probable origine, soit ils ne souhaitent pas l'évoquer craignant d'être traités de pervers.
Quoi qu'il en soit, toute ulcération (toute plaie) des organes génitaux sans lien certain avec un traumatisme doit faire rechercher une infection sexuellement transmissible, qu'elle soit douloureuse ou non. En effet, certains chancres (plaies génitales) comme celui de la syphilis sont impressionnants dans leur taille et leur forme mais sont indolores.
L'histoire la pire que j'ai eue à endurer s'est déroulée à l'hôpital il y a plusieurs années. J'avais été bipée par mes collègues chirurgiens pour voir un jeune homme arrivé aux Urgences une heure auparavant. Au bloc, l'atmosphère était tendue, les chirurgiens regardaient, les cuisses serrées, les yeux révulsés, un spectacle désolant, qui avait éveillé leur angoisse de la castration. A l'instar des lecteurs découvrant le passage de l'accident de fellation dans Le monde selon Garp de John Irving. 
Ce jeune patient avait beaucoup bu avec ses copains et avait accepté un défi délirant. 
Celui de bander pendant des heures, en absorbant un mélange de diverses drogues, d'alcool et de Viagra, et en plaçant la base de sa verge dans un anneau serré. 
Cette situation de priapisme avait engendré une nécrose partielle de verge, c'est-à-dire que certaines zones n'étaient plus irriguées (le sang ne pouvant plus passer) entraînant un aspect carbonisé traduisant la mort des tissus. 
Comme c'est le cas au niveau cardiaque lors d'un infarctus ou au niveau cérébral lors d'un accident vasculaire cérébral. L'urine était également bloquée.
Heureusement, tout le monde s'est mobilisé et la situation a été sauvée in extremis. Nous étions tous abasourdis à l'idée que ce pauvre jeune homme avait failli ne plus jamais connaître, et faire connaître, ce si délicat frottement qu'est la pénétration!

F

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