lundi 25 janvier 2016

Femme, un drame?

De nombreuses discussions avec mes patientes m’ont donné à réfléchir sur la position de la Femme dans notre société puis ces dernières semaines, l’actualité de violences faites aux femmes (crimes sexuels de masse en Allemagne et en Suède dénigrés puis étiquetés incidents en premier lieu, violences conjugales…).
D’abord, la jolie Natalia, 42 ans, souriante et épanouie. Elle était  venue me saluer en juillet avant son départ à l’étranger avec son mari Pierre-Edouard et leurs 3 fils. Il avait accepté un très bon poste. L’interrogeant sur ses futures activités (professionnelles ou non) à elle, Natalia m’avait alors scandé : « je n’ai jamais eu besoin de travailler, Pierre-Edouard a toujours bien gagné sa vie ». Je n’ai rien contre les femmes au foyer, ni même contre les hommes au foyer. Mais là, cette phrase m’avait atterrée.
Sommes-nous uniquement  faites pour combler les vides des Hommes? Prenons- nous encore et toujours la forme du récipient dans lequel on nous place?
Puis, Ariane, 38 ans, tout aussi fraîche et heureuse, qui m’avait déclaré avec fierté: « je ne travaille pas, je m’occupe de mes enfants », et effectivement on la retrouve sur son profil face book avec de multiples photos entourée de ses enfants, au ski, à un mariage, …Une vraie publicité pour la famille (mais de quelle époque ?)
L’éducation des enfants de femmes au foyer  est-elle forcément de meilleure qualité ?
Tant sur le plan personnel que professionnel, je ne me suis jamais sentie inquiète en tant que femme. En Médecine, j’ai connu un milieu sans doute privilégié avec une certaine mixité et parité, dans ma promotion de ma Faculté parisienne, comme à l’hôpital. Mêmes fonctions, mêmes salaires (de misère) tant pour les aides-soignantes que pour les Professeur(e)s. 
Sans être une féministe vociférante ou une jolie féministe aux seins nus et graffités, et (trop rapidement) couverte d’hématomes, j’ignorais qu’un jour le regard posé sur les femmes me soucierait. Je sais malgré tout que j’ai beaucoup de chance de pouvoir m’interroger sur le rôle des Femmes car cela signifie déjà qu’elles en ont vraiment  un…
Avant même de regarder la progression de la soumission totale et couvrante  des femmes en Orient et en Extrême Orient, assiste-t-on actuellement dans nos pays dits industrialisés à une stagnation, à un recul sur la question des droits de la Femme (considération, sécurité, vie sociale…)?
Les femmes souffrent de nombreuses dominations, et naviguent en eaux troubles, parfois dans des courants contraires. Dans un monde qui fait parfois la part belle à des modèles féminins vides et médiocres, tantôt stars de télé réalité, tantôt anciennes prostituées dont l'existence est aussi éphémère que mammaire.
Elles subissent la domination du genre car malheureusement la suprématie masculine semble toujours ancrée dans les inconscients. La société, même dans les pays industrialisés, se répète des stéréotypes, et maintient les femmes à un rang différent. L'éducation donnée à un garçon ou à une fille est proche mais n'est jamais vraiment identique.
Dès les petites classes et on pardonne plus facilement à un garçon, un cahier sale et mal tenu, ou plus tard sa première cuite… Autre stéréotype: la passivité présumée des femmes (sauf dans leur rôle de mère) dans de multiples univers (dont la sexualité).
En plus, elles ont à subir les luttes entre les classes. Et pour finir, elles s’infligent des rivalités entre elles sur fond de quête absolue de perfection. Ainsi, naissent des sentiments de culpabilité suite à toutes ces pressions.
 Travailler les met parfois mal à l’aise car elles voient moins leurs enfants, mais être femmes au foyer aussi parce qu'elles subissent le regard des autres, parfois méprisant, et elles mettent <<travaille à son compte>> sur leur profil Facebook pour éviter de laisser cette case vide. Je n'ai rien contre ce mode de fonctionnement dans un couple, surtout si ce choix est réalisé dans une totale harmonie. Je serais plutôt gênée, non pas par mon avenir en cas de séparation, mais par un manque d'autonomie proche de celui de l'enfance ou de l'adolescence, une pseudo régression donc. J'aurais aussi l'impression de ne plus poser ma pierre à l'édifice de l'égalité et de la parité.
Les femmes sont trop tiraillées, elles deviennent leurs propres ennemies. Certaines collègues de notre actuelle Ministre de la Santé, lorsqu'elle était chahutée par les professions médicales et paramédicales, l'ont alors jugée attaquée parce que femme, alors même que Françoise Giroud disait jadis:
<< La femme serait vraiment l'égale de l'homme le jour, où, à un poste important, on désignerait une femme incompétente. >>  
Elles entravent leur propre parité dans certaines circonstances. Comme récemment après Cologne, lorsque des femmes politiques ou des féministes se sont exprimées en proférant les plus grosses inepties. Et la remise en cause du droit à l'avortement en France, avancée féministe d'entre toutes, par une jeune femme, lors de la campagne pour les Régionales, dont le Parti politique est censé incarner le Renouveau.
Allons les femmes, ceci est un cri d'alarme, éduquons nos fils, parlons à nos filles, réagissons pour que ne puisse pas être vécu comme un drame, de naître Femme.

F

mardi 5 janvier 2016

Mon sexe, il fait mal!

Les infections (sexuellement transmises ou non) ne sont pas les seules à provoquer des douleurs génitales. J'avais reçu dans mon cabinet, il y a quelques années un jeune homme  Patxi, 25 ans, rugbyman, pour un problème de verge, dont la peau s'était progressivement épaissie. Il avait l'horrible l'impression d'un manchon dur enserrant son sexe (une sorte de carapace) avec une aggravation pendant les rapports à l'origine de fissures. Il avait été poussé  à consulter par des membres de son équipe de sport, venus patienter avec lui en salle d'attente et le soutenir. J'avais toujours admiré la solidarité de ce milieu, j'ignorais l'existence d'une telle intimité...
Il s'agissait d'une forme avancée de lichen scléreux (sans origine infectieuse comme son nom ne l'indique pas). Il a dû être circoncis suite à l'échec du traitement médical. Ses amis l'ont rebaptisé David, sa vie sexuelle est redevenue normale, il me doit une fière chandelle.
De nombreuses habitudes sexuelles, sans contexte violent, causent des lésions dermatologiques à type d'eczéma de contact  ou de dermite d'irritation.
Ceux qui ont fait l'amour dans les années 80 se souviennent peut-être du film 9 semaines et demi et des jeux du couple Basinger-Rourke avec de la confiture, du miel...Sur les muqueuses, certaines substances sont irritantes et l'irritation s'amplifie lorsqu'on frotte (pâte à tartiner, chantilly...) ou pire qu'on utilise des antiseptiques afin de les retirer. Les préservatifs aromatisés et les lubrifiants parfumés occasionnent des eczémas de contact, avec un grattage parfois féroce et un œdème, et parfois des bulles (cloques).
Certaines décorations visent à l'embellissement des zones intimes: les tatouages (mon favori demeure un paon dessiné sur la vulve et le pubis d'une patiente), le vajazzling ou pubis strassé, idéal pour les fêtes, les bouglous petits éléments introduits grâce à de petites incisions sous la peau du pénis et conférant un aspect de petites boules (ornement? habitude ethnique?) qui n'ont aucun lien avec Noël et qui viendraient d'Asie du Sud Est.
Mais d'autres, par contre, optimiseraient les sensations lors des rapports sexuels:
les bijoux comme les piercings du gland, du méat urétral (l'orifice pour uriner), d'une petite lèvre, du clitoris...
Malheureusement, elles peuvent entraîner des déchirures des muqueuses, des bulles de friction (sortes d'ampoules comme on en a avec des frottements trop intenses dans de nouvelles chaussures).
La mode de la violence dans la sexualité, rendue plus accessible par les livres de E.L James (et son bonding), a fait surtout découvrir aux médecins, en particulier ceux des dispensaires des IST(infections sexuellement transmissibles) des lésions de type morsures, plaies, blessures, arrachages de morceaux de peau, empreintes d'incisives, sur le pénis, la vulve ou les testicules. 
Ces lésions purement traumatiques, souvent douloureuses, laissent parfois perplexes quant au diagnostic: l'interrogatoire n'est pas aisé puisque soit les patients, n'étant plus dans le feu de l'action, ont oublié leur probable origine, soit ils ne souhaitent pas l'évoquer craignant d'être traités de pervers.
Quoi qu'il en soit, toute ulcération (toute plaie) des organes génitaux sans lien certain avec un traumatisme doit faire rechercher une infection sexuellement transmissible, qu'elle soit douloureuse ou non. En effet, certains chancres (plaies génitales) comme celui de la syphilis sont impressionnants dans leur taille et leur forme mais sont indolores.
L'histoire la pire que j'ai eue à endurer s'est déroulée à l'hôpital il y a plusieurs années. J'avais été bipée par mes collègues chirurgiens pour voir un jeune homme arrivé aux Urgences une heure auparavant. Au bloc, l'atmosphère était tendue, les chirurgiens regardaient, les cuisses serrées, les yeux révulsés, un spectacle désolant, qui avait éveillé leur angoisse de la castration. A l'instar des lecteurs découvrant le passage de l'accident de fellation dans Le monde selon Garp de John Irving. 
Ce jeune patient avait beaucoup bu avec ses copains et avait accepté un défi délirant. 
Celui de bander pendant des heures, en absorbant un mélange de diverses drogues, d'alcool et de Viagra, et en plaçant la base de sa verge dans un anneau serré. 
Cette situation de priapisme avait engendré une nécrose partielle de verge, c'est-à-dire que certaines zones n'étaient plus irriguées (le sang ne pouvant plus passer) entraînant un aspect carbonisé traduisant la mort des tissus. 
Comme c'est le cas au niveau cardiaque lors d'un infarctus ou au niveau cérébral lors d'un accident vasculaire cérébral. L'urine était également bloquée.
Heureusement, tout le monde s'est mobilisé et la situation a été sauvée in extremis. Nous étions tous abasourdis à l'idée que ce pauvre jeune homme avait failli ne plus jamais connaître, et faire connaître, ce si délicat frottement qu'est la pénétration!

F