mercredi 26 octobre 2016

Le doigt tendu ou la rentrée est-ce vraiment une formalité (suite)?

Evan comme tous les enfants de son âge même les différents, venait de faire son entrée en 6ème. Heureux d'en être arrivé là, joyeux, motivé. Depuis 2005, la loi française demande en théorie d'intégrer les enfants à particularité en milieu ordinaire. En théorie bien sûr.
Après de nombreuses hésitations et des discussions à n'en plus finir, Florence, sa mère, avait suivi son souhait d'être un enfant normal dans son collège de secteur avec les camarades qu'il côtoyait depuis la maternelle. Ils avaient appris à le connaître, ils l'appréciaient, il ne serait pas seul, il serait épaulé.
Mais là, ont aussitôt soufflé des vents contraires: une nouvelle auxiliaire de vie scolaire froide sans empathie décrétant d'emblée que '' cela allait au-delà de ses compétences '', une professeure principale assez brave mais dépassée d'entrée de jeu, une nouvelle principale du collège noyée dans la réforme avec un dénominateur commun pour tous les intervenants: la certitude d'être bienveillants, d'avoir déjà tout essayé et de tout faire de manière optimale.
Cette fameuse autosatisfaction frisant la suffisance, souvent décalée.
Elle a gangrené l'école publique depuis des décennies, un enlisement inextricable dans la médiocrité.
Elle rend impossible l'épanouissement des enfants en particulier ceux en difficultés, quelles que soient les difficultés.
Les élèves subissent, plus ou moins selon leur caractère et leurs problèmes, un système rigide, immuable et perdu d'avance mais aussi le bon vouloir individuel des différents protagonistes.
En effet, les paroles encourageantes ne sont pas innées et l'empathie et la bienveillance ne sont malheureusement pas des matières enseignées aux professeurs.
On a tous le souvenir d'un professeur qui nous a mal parlé, enfoncé, et qu'on a détesté. J'étais la bête noire de Mme P. ma prof de bio de 1ère et de terminale (ancêtre de la SVT), elle me déchirait chaque fois qu'elle en avait l'occasion.
Elle m'a dit que je ne ferai jamais une carrière scientifique.
Lorsque j'ai eu ma première année de médecine, je lui ai donc envoyé une photocopie (ancêtre du selfie) de mon majeur tendu.
J'aurais volontiers continué mes vulgarités en 6ème année après le 2ème concours mais j'ai alors appris son décès.
Les gentils et les méchants finissent de la même manière mais ne laissent pas le même souvenir. Cela ne m'a pas arraché le cœur mais je ne serais jamais allée cracher sur sa tombe...
Puis la vie a continué. J'ai essuyé d'autres mépris qui m'ont plus ou moins servi ou desservi.
Et puis il y a eu le Pr D., Grand chef de service de dermatologie dans un Grand hôpital qui m'a (enfin) apprécié. Il m'a jugé intelligente et vrai ou pas, cela m'a beaucoup stimulé. Le cerveau est une zone de travail mais aussi d'émotions.
Il m'a (gentiment) confié des travaux, publiés par la suite dans des revues internationales.
Et on ne m'a alors plus jamais dit que je n'étais pas une scientifique.
A tous les Pr D. Ceux qui vous ont aidé. Ceux qui vous ont relevé.
A toi Evan et à tous les autres dont le jour viendra.
À l'hologramme du majeur tendu (le papier aura disparu) que vous enverrez au système et à certains de ses représentants.


F

mardi 20 septembre 2016

Docteur, j'ai rendez-vous avec vous!

De celui qui arrive très en avance et scrute la salle d'attente à celui qui a du mal à partir à la fin de la consultation, les comportements des patients m'intéressent énormément. D'abord, l'attitude infantile qu'un bon nombre d'entre eux affiche, quels que soient leur âge, leur origine socio-professionnelle, et leur motif de consultation. Souvent touchante, à la longue, elle en deviendrait agaçante, comme avec un enfant, surtout en fin de journée.
Parfois, cela commence dès l'arrivée dans l'immeuble avec un vent de panique: ''sur quel bouton appuyer? La porte ne s'ouvre pas? Docteur, je suis coincé en bas... '' Ils se sentent vite désœuvrés.
Une fois dans le cabinet, ils ne parviennent pas à donner le nom de leurs médicaments, de leurs pathologies. Ils perdent leurs moyens devant le médecin tels des enfants interrogés au tableau.
La recherche du nom du traitement est un travail de détective et ressemble à un quiz d'émission télévisée, avec parfois une lueur d'espoir grâce aux smartphones:
‘‘Attendez docteur, je crois que j'ai pris mon traitement en photo...''
Certaines remarques nous désarment: '' vous savez le petit comprimé blanc dans une boîte bleue'', '' donnez-moi des noms, je vous dirai si c'est ça'' ou bien encore '' vous voyez, la crème classique très forte à mettre le soir''.
Ils espèrent que les médecins vont leur souffler la réponse comme un camarade en classe, imaginant que les soignants connaissent les noms, les emballages et les galéniques des médicaments princeps et génériques, ou qu'ils ont des pouvoirs divinatoires, qui sait.
J'aime aussi beaucoup les descriptions des soins maison: '' ma grand-mère m'a appliqué un mélange de miel et d'huiles essentielles'', '' j'ai mis du dentifrice sur mes boutons du visage, on m'a dit que ça marchait''.
Après l'interrogatoire, ils se tiennent debout, interdits, devant le lit d'examen: ''où dois-je m'installer?''
En plus, l'examen dermatologique nécessite souvent de se déshabiller complètement (ou presque), ce qui les met encore plus mal à l'aise et leur rappelle leurs cours de natation pendant leur adolescence...
Puis, ils ne sont pas spontanés dans leurs explications, inquiets du jugement du praticien. A la question: ´´vous vous mettez beaucoup au soleil?´´ lorsque vous observez une peau très abîmée et de nombreux stigmates des expositions multiples, la réponse est souvent: ´´ non, je n'y vais presque jamais et je me protège toujours avec de l'écran total. ´´
Pris sur le vif, ils tentent de cacher la vérité.
Autre attitude que les soignants observent: la flatterie.
Je trouve toujours bizarre quand un patient me déclare: '' vous êtes mon dernier espoir, j'ai déjà vu 4 de vos collègues mais personne n'a vraiment réussi à me soulager'', cela me met une de ces pressions...
Ou pire: ''j'ai vu votre collègue le Dr R., non seulement elle n'est pas sympa, mais elle a été nulle''.
Et là, quoi que je puisse penser de Dr R., j'essaie d'avoir une attitude confraternelle, je soutiens Dr R.et je croise les doigts pour que ce patient ne me descende pas de la même manière une fois sorti de mon cabinet.
Certains patients par contre sont très angoissés, limite hostiles, ils viennent avec une liste de questions interminable et un historique de plusieurs décennies.
Ils sont incollables, ils ont surfé sur le web, participé à de nombreux forums, ils vous attendent au tournant, ils savent quel traitement doit leur être prescrit. Vous avez l'impression de repasser le Concours.
D'autres souhaitent mutualiser leur consultation, ou ils n'ont pas trouvé de créneau supplémentaire, et demandent votre avis pour une autre personne ''vite, enlève ton tee-shirt, le docteur va regarder ton bouton'' ou un avis sur une personne qui n'est pas là ''mon fils a des rougeurs du dos quand il fait chaud, vous croyez que c'est quoi?''
On pourrait ainsi faire une véritable étude sur l'humain et ses différentes réactions rien qu'en suivant plusieurs jours de consultation.
F

jeudi 8 septembre 2016

La rentrée, est-ce vraiment une formalité?


La plupart des parents voient la rentrée des classes comme un passage en classe supérieure, une simple formalité, même s'ils semblent toujours un peu stressés.
Mais pour bien des enfants et leurs parents, la scolarité est un chemin de croix semé d'obstacles et de difficultés.
Florence, une de mes patientes, m'a ainsi évoqué le cas d'Evan son fils, avant les grandes vacances.
D'abord un bébé magnifique, souriant, presque trop souriant, avec déjà des réactions exacerbées au bruit notamment. Etant sa mère, Florence savait que quelque chose ne tournait pas rond, il était différent de ses 2 autres enfants.
Elle avait soulevé le problème, la pédiatre avait alors calmé le jeu. Puis, les soupçons continuaient, le doute s'insinuait.
Dès la rentrée en Petite Section à 3 ans, Florence est convoquée avec le père d'Evan, piétinés, déchirés par son institutrice qui le jugeait insolent et mal élevé. 
Florence s'est heurté à l'énorme fourmilière des psychologues dans laquelle les autorités de santé feraient mieux de mettre un bon coup de pied tant il y a à boire et à manger.
Les choses ont empiré, la vie quotidienne devenait monotone dans l'horreur des répétitions, des obsessions, des pleurs, des cris, des angoisses... 
Les bons moments, Florence les savourait, ils devenaient plus rares que les bons. 
La famille était proche de l'implosion. 
L'Education Nationale a baissé les bras qu'elle n'avait jamais levé d'ailleurs. L'enseignante de moyenne section, une bergère standard, trop occupée à mener son troupeau d'élèves à la transhumance, ne s'intéressait pas à cette brebis galeuse, même si à 4 ans et demi, la brebis égarée savait déjà lire.
Evan ne ressentait pas les choses normalement, ni ses propres émotions, ni celles des autres, il n'arrivait pas à profiter correctement de lui-même, il était comme encombré.
Les diagnostics allaient bon train, ceux de l'entourage, avec les mots de l'entourage, hyperactif, surdoué, autiste, trouble envahissant du développement ... et ceux de l'APHP, avec des avis parfois contradictoires. 
La recherche de causes est l'étape suivante car en médecine, un symptôme correspond à une cause qui correspond à un traitement... Enfin, c'est ce qu'on voudrait...Si seulement c'était aussi simple... 
Qui dit cause dit aussi coupable ou faute. Qui est responsable? Les gènes? Florence et son manque d'affection? Ou au contraire l'Œdipe étouffant ? Le gluten? Les protéines animales?
Le manque de concentration du petit garçon l'a obligé rapidement à avoir une auxiliaire de vie scolaire à ses côtés en classe, métier d'utilité publique, sans vraie formation diplômante, avec un salaire de misère et un contrat précaire. 
La façon de les recruter reste une énigme pour les parents, leur changement est fréquent même en plein milieu de l'année laissant un sentiment d'abandon pour les enfants très délétère.
Pour obtenir ce soutien, il faut réaliser un dossier auprès de la MDPH (maison départementale des handicapés) ce qui classifie l'enfant dans les handicapés, ceci dit sans aucun jugement.
Cette classification englobe apparemment tout type de différences.
Et puis, les années ont passé, tantôt avec des enseignants compréhensifs et intéressés par la différence, tantôt avec des enseignants incapables de toute réflexion ou peu motivés, ou les deux... 
L'entourage de Florence la prend pour une Madone, une femme forte en titane. En vérité, elle n'a aucun autre choix que celui de s'adapter.
L'adaptabilité est une qualité essentielle, surtout pour être parent mais aussi pour être enseignant. Si c'est quelque part se rassurer que de dire que la différence est une chance, savoir l'apprivoiser est une preuve d'intelligence. 

F

vendredi 26 août 2016

Pourquoi docteur et surtout comment?

Quel que soit le domaine, une question demeure prépondérante: pourquoi? En médecine comme en philosophie, cette interrogation précède toutes les autres. Pourquoi? Elle se transforme parfois en "pourquoi moi" chez certaines populations (en particulier originaires d'Europe de l'Est).
Le premier infarctus du myocarde (ou crise cardiaque) auquel j'ai assisté à l'hôpital était plus qu'attendu, même si la maladie et la mort sont illégitimes en Occident quelle que soit la situation préalable. Patient âgé, aux nombreux facteurs de risque cardio-vasculaires, obèse, tabagique... Il avait toutes les raisons d'avoir une artère bouchée. Pourtant, la première réaction des proches a été l'étonnement: "pourquoi?", ont-ils asséné au médecin. La tristesse n'est venue qu'ensuite. Je l'ai souvent observé lors de l'annonce d'une maladie: le questionnement voire la surprise. A qui la faute?
La première étape est donc de rechercher et d'énumérer la ou les causes, trouver la réponse au fameux pourquoi.
En médecine, à une symptomatologie devrait correspondre une maladie pour laquelle existerait une explication claire et le médecin adéquat pour la donner, ainsi qu'un remède (assorti de son remboursement). Même pour une verrue, il faut un coupable, la piscine municipale est un coupable parfait et l'azote liquide y remédierait, croit-on, définitivement. Sauf qu'en pratique, ce postulat est déjà erroné, et on est souvent loin de schémas simples. Si certaines causes (maladies bactériennes) et facteurs de risque (tabac sur certains cancers, photo exposition sur d'autres) sont bien établis, les liens de causalité ne sont pas toujours aussi nets. Ou placer les facteurs de risque génétiques et environnementaux et le manque de chance?
Les conclusions apparaissent moins évidentes que prévues aux yeux des patients. On se demande toujours si sans avoir identifié catégoriquement les causes, le traitement peut être optimal. Mais, la recherche trop poussée des causes empêche de vivre et d'avancer, et ne permet pas, la plupart du temps, de retourner en arrière. Il faut parfois savoir accepter de traiter une pathologie, ses symptômes et ses résultantes et pas ses causes et faire fi des injustices, des interrogations: pourquoi la leucémie (cancer du sang) de l'enfant, pourquoi le cancer du poumon chez le non-fumeur...
Après la (mauvaise) surprise, la phase de tristesse est obligatoire avant de digérer l'annonce de la maladie. Et fort heureusement, l'évidence de certaines issues n'évite pas la tristesse. Cette tristesse se teinte souvent d'inquiétude et de colère. Colère si tout n'a pas été entrepris pour éviter cette situation, colère car on est tellement triste qu'il nous faut trouver un ou des boucs émissaires (les soignants sont des candidats idéaux), colère contre les éléments et les circonstances, colère contre le mauvais sort.
La résignation est plus tardive. Acceptation de la maladie ou meilleure appréhension, elle est nécessaire pour ne pas sombrer dans la mélancolie et pour débuter la phase active: le comment? Comment va s'organiser la prise en charge? En quoi va consister le traitement? Qu'en attendre? Que va-t-il cibler? Combien de temps va-t-il durer? Quelles évolutions sont à envisager? Quels effets secondaires sont attendus?
Ces explications, données avec empathie et avec fermeté mais sans brutalité. Elles sont entamées dès lors que la mauvaise nouvelle est encaissée, se veulent simples mais pas simplistes, pour ne pas être des "brutes en blanc" selon l'expression de Martin Winckler.
Évoquer tous les cas de figure, désamorcer les inquiétudes, anticiper, répondre aux questions que les patients posent et celles qui ne posent pas et ne pas hésiter à se répéter, les précisions s'imprimant mal dans des esprits angoissés. La bataille contre la maladie repose sur la dualité soignant-soigné.
Dans d'autres domaines comme celui de la criminalité, la séquence est un peu similaire. Le pourquoi et le comment nous y interpellent largement.
J'ai reçu un patient d'une trentaine d'années pour avis sur des cicatrices de brûlures. Il avait été retrouvé, laissé pour mort, il y a quelques années, gravement blessé par de l'acide à priori, après un concert de rock. Pourquoi? Pas de raison particulière, pas de motif, ni raciste, ni antisémite, ni financier. Le mobile ne constituant bien sûr pas une explication, ni une raison, et encore moins une excuse.
On s'est beaucoup intéressé depuis la vague d'attentats sévissant en Europe au pourquoi des assaillants. On a, çà et là, évoqué une petite enfance malheureuse, une dépression, un déséquilibre (comme si perpétrer un attentat laissait supposer beaucoup de sens commun).
A essayer de donner des explications à tout, ne finit on par dire n'importe quoi et par être contre-productif? Puis dans ce domaine aussi, après les phases de colère et de tristesse, mêmes interrogations, et en particulier comment va se préparer la lutte?
F

jeudi 25 août 2016

Pensées pour Madame Simone Veil

Nous vous souhaitons, toutes (et tous), un prompt rétablissement, et nous, les Françaises, pensons à vous avec un respect infini, Madame Veil.
Au lieu de rester une histoire de femmes, qui plus est, légères et inconséquentes, l'avortement est devenu, grâce à vous, un débat sur la société, un débat sur la liberté, et a fini par concerner tout le monde.
Vous avez réussi à tordre les piliers censés guider nos décisions, opposés à notre indépendance, tels que la religion et sa morale (voire sa moralisation) ainsi que l'ordre établi, que vous avez osé remettre en question.
Tenter d'effacer enfin la confusion entre femme libre et femme facile.
Vous avez pris la parole si courageusement il y a 41 ans pour changer nos destinées devant un public hostile, peu convaincu.
Vous nous avez permis une réponse non clandestine, consentie, réfléchie certes uniquement par la femme, à une grossesse non désirée ou inattendue, parfois malgré une contraception jugée maîtrisée. Même si c'est toujours une réponse lourde et terrible, car c'est une décision toujours difficile.
Pour avoir rencontré de nombreuses femmes dans cette situation, et vous Madame Veil l'avez rappelé, la souffrance y demeure systématique.
Mais quelles que soient les motivations de ce recours, il donne lieu à des discussions, certes, mais désormais sans diabolisation, sans notion de punition.
Ne nous méprenons pas. Vous avez toujours défendu la vie mais pas dans n'importe quelle condition, pas par obligation.
Et choisir l'IVG, ce n'est pas détruire une vie, bien au contraire, c'est l'épargner, c'est décider, c'est soulager... Même si ce soulagement, tardif, est amer et incomplet, il est préféré à une vie forcée.
Alors que nos sœurs à l'étranger n'ont toujours pas les mêmes libertés, et ne sont pas prêtes de les avoir, que le droit à l'avortement est remis en question dans certains pays d'Europe comme l'Espagne ou la Pologne, le combat doit continuer et comme le disait l'autre Simone (de Beauvoir):
"N'oubliez jamais qu'il suffira d'une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant."

F

Faits d'été


Réfléchir à des questions existentielles dans tous les domaines et tenter d'y apporter des éléments de réponse est un loisir inestimable et délicieux, consommant beaucoup de temps.
En dehors de mes consultations, je me pose souvent pleins de questions telle que: pourquoi entend-on des bruits bizarres quand on est seul? Pourquoi enlève-t-on les miettes de la table dans les grands restaurants juste avant le dessert?
Ou devant ma télé: pourquoi n'y-a-t-il que des jolies filles sur les circuits de Formule1? Comment sélectionne-t-on les candidats à l'entrée à l'ENA (vu le désastre observé à la sortie...) Comment fait-on un saut de la taille d'un immeuble avec seulement une perche de bois?
Certaines sont plus spécifiques des vacances d'été et débutent dès le premier péage: pourquoi sommes-nous toujours dans la mauvaise file? Est-ce juste une mauvaise impression et aucune n'avance vraiment mieux? Pourquoi c'est quand il y a le plus de monde qu'on ferme des guichets?
Et se poursuivent pendant le voyage: pourquoi certaines personnes passent 2h dans les toilettes des aéroports ou des stations essence (alors que beaucoup de monde patiente)? Pourquoi les filles en photos dans les magazines nous ressemblent aussi peu?
Puis à l'arrivée sur la plage: pourquoi des bouteilles de verre traînent à proximité des poubelles et n'ont pas été jetées? Outre l'incidence écologique, quelqu'un pourrait facilement se blesser.
Et cette mode des photos de pieds en éventail sur le sable, de selfies radieux. Pourquoi d'ailleurs arrondit-on sa bouche lors des selfies type duck face? Le canard, animal si majestueux, évoque-t-il vraiment le désir?
J'adore y observer les dragueurs, si courageux, que le contexte semble stimuler, élaborer des plans. Croient-ils plus facile de draguer sur la plage ou en vacances en général? Les femmes y sont-elles plus accessibles?
Les cogitations continuent pendant la soirée surtout sur des points esthétiques. Faut-il aller en ville en tongs? Le mascara bleu pacifique est-il autorisé aux plus de 18 ans? Faut-il préférer les parfums capiteux aux intitulés évocateurs aux parfums légers?
Je m'aperçois également que la mode est aux visages ronds (je savais que mon heure viendrait) et que les femmes ont opté pour des grosses pommettes. Les gros seins, j'avais compris: le symbole de la mère nourricière...mais les grosses pommettes?!?
Les lèvres deviennent très ourlées: en hommage au mérou, animal en voie d'extinction?
Mais, quel que soit le domaine, ne doit-on se laisser envahir par le mystère et ne pas vouloir systématiquement répondre à toutes nos questions?

F

mardi 12 juillet 2016

Mon sexe, il me gratte! Et autres situations qu'on aimerait éviter...

Cette jeune femme de 22 ans rentrait de mission humanitaire aux Philippines deux semaines auparavant. Elle vivait en colocation sur le campus d'une grande école de commerce.
Elle s'étonnait de voir depuis plusieurs jours des petits éléments marron foncé sur les poils de son pubis et d'avoir envie de se gratter, malgré, selon ses propres termes, une hygiène irréprochable.
En m'approchant je découvrais des mini-araignées qui enserraient les poils pubiens. Elles semblaient mobiles. Les bestioles ont alors déplié leurs pattes. Pediculus pubis; ou poux de pubis, plus connus sous le nom de morpions. Parasites macroscopiques de petite taille, mais plus gros que leurs cousins les poux de tête ou pediculus capitis, ils s'observent plus rarement en dehors des poils pubiens (barbe, cuisses...)
Son petit ami avait les mêmes parasites, ainsi que deux de ses copines... Je mettais ainsi fin à mon vieux préjugé (infondé): en école de commerce également, on jouit en Josas!
Je leur expliquais le traitement à réaliser avant que la maladie ne traverse tout le campus. Ne souhaitant pas ressembler à une petite fille, elle tiquait sur le rasage intégral du pubis préconisé, pourtant salutaire pour se séparer des lentes (les bébés morpions) et mettre ainsi fin à cette cohabitation étrange.
Certaines infections parasitaires peuvent parfois être d'authentiques IST (infections sexuellement transmissibles) déguisées. Certaines sont mal déguisées comme les poux de pubis, d'autres sont mieux déguisées comme la gale.
Le jeune homme de 18 ans que j'avais devant moi fin juin avait fêté sa réussite à un concours avec une jeune fille ''de passage''. Une dizaine de jours après, il se serait arraché la peau tellement il se démangeait: les bras, les fesses... et cela s'intensifiait à en devenir insomniant.
Mais son inquiétude portait plus sur les croûtes apparues sur son sexe. Il s'imaginait atteint d'une IST invalidante et dévorante, je le rassurais. Très surpris, il croyait la gale disparue ou exceptionnelle telle la peste noire.
Due à des sarcoptes, parasites invisibles cheminant lentement dans la couche cornée de la peau, la gale est une maladie fréquente et contagieuse mais pas grave. Elle ne vient jamais des animaux. Elle touche tous les milieux sociaux.
Sa transmission s'effectue par des contacts prolongés avec des personnes infestées ou des tissus (draps) ou vêtements infestés. La situation de contamination optimale est le partage d'un même lit (contact prolongé permettant le passage du parasite d'une peau à une autre, survie du parasite dans un milieu chaud, parfois plus de 10 jours dans un drap...).
Sur le plan clinique, les lésions spécifiques sont souvent rares; il faut souvent se fier à l'interrogatoire (démangeaisons des proches en même temps, aggravation le soir et la nuit...) et aux zones de grattage (entre les doigts, sur le pubis, la verge, les testicules, la vulve, les fesses...).
Le traitement antiparasitaire et la désinfection soigneuse des vêtements et draps doivent se dérouler au même moment pour tous les sujets dits contact (partenaires, famille sous le même toit...) afin de limiter sa propagation.
Les infections (mycosiques, parasitaires...) ne sont pas les seules causes de prurit génital: psoriasis, eczéma, dermite d'irritation... s'y localisent fréquemment.
Une autre cause très courante existe aussi, beaucoup plus chez les hommes. On pourrait la nommer dermite de culpabilisation. Souvent juste après un rapport non protégé (sans temps d'incubation à la différence des infections), parfois dans un contexte d'infidélité, un cortège de douleurs, picotements, brûlures, est alors décrit alors que la clinique est très pauvre. Annoncer qu'il ne s'agit pas d'une maladie entraîne une guérison immédiate.
Pour éviter tout désagrément, et avant que le Ministère de la Santé ne vous le rappelle comme chaque été (laissant penser que les rapports sexuels n'ont lieu que l'été): profitez-en mais restez prudents.
F.

vendredi 17 juin 2016

C'est grave docteur?

On ne comprend jamais rien à ce que disent les médecins, à croire qu'ils le font exprès. Quand ils daignent nous en donner, leurs explications ne sont jamais claires, leurs réponses toujours évasives. Ils demeurent sur leur piédestal. Ils nous regardent de haut. Tel est le ressenti de nombreux patients.
D'abord, les médecins, dorment, mangent et vivent entre eux dans une sorte d'autarcie.
Ils ont un langage particulier utilisé, rôdé depuis des années, ils ne s'abaissent souvent plus à un langage commun. Certains ne s'en aperçoivent guère. Cela ne signifie pas que nous ne sommes pas humains. Mes amis chirurgiens, par exemple, prennent un air détaché. Ce sont pourtant de très bonnes personnes mais ils sont focalisés sur leur intervention, pas sur les relations.
Lorsque j'étais externe en chirurgie orthopédique, nos visites matinales (de courtoisie), avant d'aller au bloc, se bornaient à passer la tête à l'entrée des chambres des patients, à lancer un rapide "comment ça va?"
Par contre, d'autres praticiens s'amusent à afficher une pseudo supériorité, quitte à paraître imbuvables. Ils s'imaginent peut-être que cette suffisance les fait passer pour de meilleurs soignants. Alors que cela ne va pas de pair, c'est plutôt le contraire. Phénomène largement observé dans d'autres professions et chez beaucoup d'hommes et de femmes politiques; plus ils sont méprisants moins ils sont compétents.
D'autre part, certains médecins apprécient le côté scientifique de la médecine, mais sont mal à l'aise avec les malades et très à l'aise avec les pathologies. Ils choisissent leur spécialité en fonction de ce paramètre. Le contact avec les patients est parfois difficile et n'est pas vraiment enseigné à la Faculté. Il est laissé à l'appréciation de chacun.
Ainsi, on soigne des pathologies, ou une série de pathologies, pas une personne dans son ensemble, avec ses angoisses et celles de son entourage. Le surmenage des soignants n'est pas une excuse mais il aggrave considérablement cet état de choses, et les soignés concluent facilement à un manque d'intérêt à leur égard.
Dans nos échanges, il faut trouver la bonne attitude.
L'annonce de la maladie et les explications sont particulièrement délicates dans des domaines tels que: la cancérologie, le dépistage en génétique... Quand j'étais interne en hématologie, lors de l'annonce d'un lymphome de Hodgkin, il m'arrivait de fondre en larmes avec la famille.
Pleurer avec les patients n'est pas non plus une solution. Ils ont certes besoin de sentir votre compassion mais également votre solidité. Il faut respecter une certaine distance avec empathie, sans familiarité. Il faut savoir adapter ses réponses, initier un dialogue.
Un bon jeu de jambes est alors nécessaire; les gens sont interprétatifs. Ils interprètent vos silences, vos hésitations, votre visage fatigué. Il faut lire entre les lignes, choisir ses mots, comprendre que le mot prélèvement effraie moins que biopsie.
Les sentiments s'entremêlent: la colère, la crainte, le désarroi... Ce n'est pas parce que les patients ne posent aucune question qu'ils n'en n'ont aucune. Plus nos renseignements seront clairs, moins les patients iront les puiser sur la toile dans divers forums et blogs souvent très anxiogènes.
S'aider de collègues plus expérimentés, les laisser s'exprimer à notre place n'est pas un aveu d'échec, bien au contraire. Les bons médecins ne font pas cavalier seul.
Dans le soin comme dans la discussion, ils savent s'entourer des meilleurs.
Amener la vérité (car il n'est pas envisageable de mentir aux patients), la rendre supportable n'est décidément pas chose aisée. Nous essayons, autant que possible, de montrer notre dynamisme, de mettre en avant les côtés positifs: il y avait un cancer mais il a été retiré, nous nous penchons sur votre cas au staff...
Les statistiques sont à manipuler avec des pincettes: lors d'un mariage d'un proche, vous ne lui martelez jamais qu'à terme il a 50 % de risques de divorcer.
Toujours, et dès l'annonce de la maladie, se montrer déterminé et encourageant, seule la positivité sera un support durable et obligatoire dans cet accompagnement.
Lorsque je suis arrivée aux urgences de l'hôpital Necker avec mon neveu Evan, 3 ans, pour un torticolis fébrile, le titulaire des urgences prénommé Simon m'a donné une vraie leçon de vie médicale. Le scanner cérébral d'Evan montrait une énorme masse (tellement énorme qu'elle comprimait la veine jugulaire) et le pronostic vital était engagé à court terme.
Simon est parvenu à m'expliquer qu'il ne s'agissait pas d'une tumeur mais seulement d'un problème infectieux aigu à traiter en service de chirurgie ORL, "je suis content je préfère ça à une tumeur" a-t-il exactement dit. Je ne le remercierai jamais assez.
D'abord d'avoir sauvé Evan en mettant tout en œuvre rapidement, mais aussi parce qu'il a réussi à faire passer une nouvelle catastrophique pour une nouvelle acceptable.
 F.

Necker, les fissures d'un hôpital unique au monde

J'ai eu la chance de faire mon dernier semestre d'internat de spécialité à l'hôpital Necker. Je n'ai jamais vu autant de choses sur le plan médical, scientifique et sur le plan humain que dans cet hôpital, je n'ai jamais ressenti autant de joies et de peines dans le cadre de mon travail que dans cet hôpital. J'étais parfois obligée de cacher mes yeux larmoyants d'émotion après avoir donné des avis dans les services. Je n'arrivais pas à oublier les regards que je croisais.
Des malformations aux tumeurs compressives en passant par les maladies hématologiques, l'hôpital Necker est le symbole du combat pour toutes les vies.
C´est aussi à lui tout seul un symbole de la France, de la réussite (des réussites) de la France, de sa grandeur.
Symbole de la France des lumières, il est fondé en 1778, et inauguré par Mme Suzanne Necker, sorte de précurseur des féministes en son temps.
Le fonctionnement hospitalier est réorganisé avec une séparation enfants-adultes pour la première fois, et Necker-Enfants Malades devient le premier hôpital pédiatrique du monde au début du 19e siècle.
Laennec y inventa l'auscultation. Il donnera son nom au bâtiment mère-enfant attaqué à la masse le 14 juin 2016.
Puis s'y sont succédé les avancées scientifiques qui ont permis de sauver des millions de patients tant dans le domaine de l'infectiologie (premiers sérums anti diphtériques, description de la transmission materno-fœtale du VIH…), chirurgical (première greffe d'organe par le Pr Hamburger et ses équipes, chirurgie cardiaque…), hématologique.
C'est à Necker que la première thérapie génique du monde a eu lieu, puis d'autres progrès en termes de dépistage et de traitement de maladies génétiques ont suivi, désormais connus et soutenus par le Téléthon.
Grâce aux dons récoltés de toute la France, de nouveaux bâtiments se construisent pour accueillir encore plus d'enfants du monde entier, les travaux des chercheurs et des médecins se poursuivent pour le bien de l'humanité. Les enfants et leurs parents peuvent compter tous les jours sur un personnel dévoué et dynamique.
L'hôpital Necker-Enfants Malades, havre de paix, est un haut lieu d'échanges, de fraternité, de mixité, de solidarité. Il englobe ainsi toutes nos valeurs.
Je ne saurais, malheureusement, l'exprimer aussi brillamment qu'Emmanuel Hirsh, professeur d'éthique médicale dans le Huffpost du 15 juin 2016, mais les baies vitrées brisées d'une des façades de cet hôpital vont bien au-delà du ''simple vandalisme'' et tout le monde s'en est ainsi ému si douloureusement.
Outre le sacrilège ultime que de détériorer un hôpital et, qu'il émane d'un seul ou de plusieurs décérébrés, ce geste représente en quelque sorte notre propre fissuration et c'est cela qui est insupportable.

F.

Dying at the right time…

For year (unfortunately) I have been witnessing sick patients and their families, their thoughts, their reactions, facing a death, might it be imminent or not. I am a witness to their astonishment, I listen to their concerns. I measure their always existing feeling of injustice, regardless of the circumstances.

The relatives of bereaved individuals try to alleviate their misery. But these attempts are often inadmissible: he was old, he suffered, he drank too much... these can even be downright inappropriate: you'll find someone else, you're still young... or even worse, the comment suffered by the character played by Jessica Chastain in the Tree of Life: you have other children...

So I asked myself this question. When do we consider a right time to die, while we still have time, and is it never the right time? Never?

What death seems acceptable? At 80 years of age after a pulmonary embolism and without having suffered? If our physical condition is considered too unbearable and it is no longer compatible with life? If you become dependent?

Is our age a parameter? Maybe our achievements? Our ongoing medical history? Possibly the conditions of our death? Or maybe the people we will leave behind? Who deserves to live a long life and by what criteria?

I think back to a 69 years old patient of mine; of whom I took care of in the hospital. She had cutaneous lymphoma followed by an extension with multiple metastases, pulmonary, cerebral... She had been fighting thus far, but the disease had taken over. She was slipping into a coma, little by little. She was dragged down. Her son was warned, he was coming. His coat still on his back, he just had time to kiss her on the forehead, telling her he loved her, to tell her goodbye, then she stopped breathing and we declared her death. As if she had waited for this moment to leave.

More recently, in my office, I received an old lady, 90 years of age and in very good physical condition, no history, no treatment, no follow-up.

Her right breast was hard as stone, retracted, covered with skin metastases, an advanced form of breast cancer. We also perceived axillary metastasis. She sensed my confusion but did not say anything. Her doctor had taken an appointment, without her agreement, to meet with an oncologist for treatment.

Then I received a message from the oncologist, stunned, a few days later telling me that she had not come for her appointment. She did not inform me of her decision to do nothing, since she had easily guessed that there was really nothing to do, nothing effective, at least. She had preferred to choose rather than to suffer. Who would blame her? Must we always do everything we can to delay event?

And, of course, I do not mention here the violent circumstances of some deaths, since I have very little experience with the criminal context in forensics.


Like Joe Cox, Labour MP, whose life was cut short apparently because of her political ideas, is going to haunt the lives and nights of a whole country.

F.

mardi 3 mai 2016

Doc's mood from Paris: Is being a woman a tragedy?

The many discussions I’ve had with with my patients have given me opportunity to reflect on the position held by women in society espescially in recent weeks, with news of violence against women (sexual mass crimes in Germany and in Sweden, first defamed to be later relabelled as incidents, domestic violence...).

First, the beautiful Natalia, 42, smiling and contented. She came to greet me in July, before her departure abroad with her husband Edward and their 3 sons. He had accepted a very good position. Questioning her about her future activities (professional or else), Natalia squawked: "I never had the need to work, Edward has always made good living." I have nothing against stay-at-home women, or even against stay-at-home men. But at this very moment, her phrase stunned me.

Are we only made to fill the gaps of Men? Do we, always and again take the shape of the container in which we are placed?

Then, Ariane, 38, just as fresh and happy, who told me with pride: "I am unemployed, I take care of my children" and indeed here she is on her Facebook profile with multiple pictures surrounded by her children, skiing, at a wedding ... A real promotion campaign for family (but from which era?)

Is the education of children by housewives necessarily of better quality?

Both personally and professionally, I never felt worried as a woman. In Med school, I experienced a privileged environment with undeniable diversity and parity, at my Parisian Faculty, as well as at the hospital. Same professions, same wages (miserable) as much as for nursing auxiliaries than for Professors.

Without being either a vociferous or a pretty top-less graffitied feminist, (too quickly) covered in bruises, I never imagined that one day I would care for the way people gaze at women. I know that despite everything I am very lucky to be able to question myself about the role of women, as by definition this means that they do have one.

Even before looking at the progress society has made in regards to the submission of women in the East and the Far East, are we nowadays witnessing in our so-called industrialized countries a stagnation, a decline on the issue of Women's Rights (consideration, security, social life ...)?

Women suffer from many dominions, and sail in troubled waters, sometimes even in opposing currents in a world that sometimes gives pride to hollow and mediocre female models, either reality TV stars, or former prostitutes whose fame comes from
beautiful topless but they are in a short time futureless.
They suffer from genre domination because unfortunately male supremacy still seems well-rooted in everyone’s unconscious. Society, even in industrialized countries, repeats stereotypes, and keeps women at a different rank. The education given to a boy or a girl is similar but never identical.

It all starts in Elementary school where we are more forgiving to a boy: a dirty book and unkempt, or later the first time he comes home drunk... Another stereotype: the alleged passivity of women (except in their role as mothers) in multiple domains (including sexual).

In addition, they have to endure class warfare. And to wrap things up, they inflict rivalry between each other amid their absolute quest for perfection. Consequently feelings of guilt are not a surprise with all these pressures.

Working sometimes puts them in uncomfortable positions, because they have less time to spend with their children, but being a housewife can also result in discomfort, as they face the gaze of others, sometimes contemptuous, so they title themselves as "self-employed" on their Facebook profile to avoid having to leave their work status blank. I have nothing against such a decision from a family, especially if this choice is made in total harmony. However I would be quite embarrassed, not by my future in the case of a separation, but by a lack of autonomy similar to that of childhood or adolescence, hence a pseudo regression. I would feel no longer as a contributor to society’s equality and parity structural advancement.

Women are too torn; they become their own enemy. Some colleagues of our current French Minister of Health, when she was being heckled by both medical and paramedical professionals, then judged her as being attacked because she was a women, even though as Françoise Giroud once said:

Women will truly be the equals of Men the day when, holding an important position, we will we able to define them as incompetent.

They hinder their own parity in certain circumstances. Just as recently after Cologne, when female politicians or feminists expressed themselves uttering the greatest nonsense. Or the undermining of the right to abortion in France, the feminist advancement of all, by a young woman, during the campaign for French Regionals, whose political party is supposed to embody a Renewal.
Ascent women, this is a cry of alarm. Let’s educate our sons, talk to our girls.
Let´s think of it quickly and make sure that being born a woman can never be experienced as a tragedy.


F

vendredi 22 avril 2016

Patients inconvenants

Les échanges entre les soignants et leurs patients sont plutôt enrichissants.
Les discussions souvent intéressantes permettent d'aborder d'autres sujets que le motif de consultation. Elles nous donnent l'occasion d'entrer dans l'intimité des gens, d'écouter des histoires touchantes, de confronter des idées, d'observer la société…
La plupart des consultations se déroule bien, avec toutefois quelques désaccords, comme il est habituel d'en avoir dans la vie professionnelle ou personnelle.
Ces accrochages nous servent à mieux appréhender la nature humaine, ses attentes, ses inquiétudes, et à tester notre adaptabilité.
Les patients qui savent tout sur tous les sujets, qui terminent nos phrases, provoquent ainsi notre agacement et il parfois difficile de savoir s'il s'agit d'une véritable hostilité ou d'une angoisse débordante.
Ce d'autant que certains patients estiment mal le rôle du soignant et ont d'emblée la certitude d'être méprisé, tenu à distance ou incompris. Ces soignants-là ont existé et existent encore mais ils ne sont fort heureusement pas légion.
Se retrouver au milieu de mésententes, être pris à parti, ou au contraire, ne pouvoir intervenir, nous met dans des situations délicates. Le parent qui laisse son enfant détruire votre cabinet sans mot dire, ou vous parler avec impolitesse.
On tente de le leur faire remarquer sans jugement, sans animosité...
La maman qui vous montre sa fille de 14 ans, en lançant le doigt pointé sur le visage de l'adolescente:
« Regardez la pauvre, j'ose à peine la regarder tellement elle est défigurée par l'acné! »
Parfois, les drames familiaux nous oppressent. Récemment, je recevais un patient de 16 ans atteint d'une maladie génétique en fauteuil roulant avec ses deux parents. Lorsque je l'ai installé sur le lit d'examen, seule sa mère m'a aidé, son père est resté assis sans même nous proposer un coup de main. Scandalisée et interdite, je n'ai alors rien pu dire.
Autres moments inconvenants: les phrases hostiles, les insultes, les vulgarités. Elles font partie de notre quotidien.
Lorsque j'étais interne à Marseille, surtout lors des gardes aux urgences, les vigiles étaient sur le qui-vive.
J'y étais souvent malmenée et traitée de tous les noms d'oiseau (et même d'oiseaux inconnus à Paris) et j'ai subi des « va te faire en... ». Comme si on avait le temps avec des urgences bondées d'aller se faire en...
Crachats, hurlements, mépris du personnel qui passe des nuits debout, dégradation des locaux. Il était rare de travailler dans le calme.
Les agressions physiques, de plus en plus fréquentes à l'hôpital comme en cabinet, dépassent notre seuil de tolérance. Ma dernière agression s'est déroulée sans aucune intervention des autres patients présents en salle d'attente, par un vieux monsieur retraité très en colère, suite à mon retard de quelques minutes.
Il a presque cassé la porte de mon bureau. Cerise sur le gâteau, quelques mois plus tard, il a tenté de reprendre rendez-vous auprès de mon secrétariat.
« Les cons ça ose tout, c'est même à ça qu'on les reconnaît » a dit Audiard.
Mais pour moi le pire est de devoir écouter des propos racistes ou antisémites. Avec le petit clin d'œil exécrable de rigueur et le « ces gens-là ».
Je me souviens d'un patient, il y a plusieurs années déjà, bien avant les sarcasmes sur la Shoah et les banderoles tendancieuses, ou...bien après.
Je l'avais adressé en hospitalisation en service de dermatologie à Bichat.
A sa consultation de contrôle, il m'a tout de suite fait remarquer, déçu, qu'il avait dû partager sa chambre avec un juif (sic). Je ne l'avais pas vu venir. Me voyant figée, il essayait de se rattraper: « vous voyez, il avait beaucoup de famille dans la chambre qui parlait fort, beaucoup de visites bruyantes... »
Insupportable. D'abord, les propos eux-mêmes et la haine qui s'en dégage. Mais aussi, parce me les jeter ainsi au visage laisse sans doute supposer à son ou ses auteurs, que je les comprends, que j'y consens, voire pire que j'y adhère.
Qu'il est normal d'y adhérer?
F

lundi 4 avril 2016

Auto(g)nomes ou les réjouissances de l'adolescence

Presque chaque fois que je vais chercher un(e) adolescent(e) dans la salle d'attente pour sa consultation, je me retourne et m'aperçois qu'il/elle ne m'a pas suivi. L'information n'a pas eu le temps de monter dans un cerveau fatigué, déjà encombré.
Le contact même visuel s'établit parfois avec difficultés, indépendamment d'une quelconque timidité.
Je ne sais pas si l'échantillon que j'observe quotidiennement est représentatif, ni si ma mémoire me permet de me rappeler quelle adolescente j'étais, mais en tout cas, j'ai l'impression que les adolescents sont des énigmes avec de nombreux paradoxes.
D'abord parce qu'ils semblent à l'aise, voire très à l'aise (ou faussement à l'aise?)
Ils arrivent les premiers au restaurant à 12 ans (l'adolescence commence plus tôt), ils s'installent. Ils entrent sans frapper dans un bureau. Alors qu'on se faisait oublier, ils occupent l'espace, ils osent.
Ils s'adressent de manière identique à un adulte et à un(e) autre camarade. Ils ont perdu cette distance, parfois cette considération. La politesse n'est plus une obligation.
Leur avis leur ayant été systématiquement demandé depuis leur plus jeune âge <<que veux-tu manger ?>>, ils émettent leurs opinions. Ils répondent à nos questions, même si on n'en n'a pas posé...Ils manifestent leur désapprobation, leur opposition.
Dans un monde où l'on a remplacé le désir par la possession, que peut-on vraiment attendre de nos enfants ?
Notre éducation pêche-t-elle ? Par défaut ou par excès ? Les adolescents sont-ils trop souvent laissés pour compte, livrés à eux-mêmes, jugés auto(g)nomes par des parents débordés par le chômage, par un travail harassant, par des conditions de vie plus difficiles? Le rôle des parents a-t-il changé?
Les parents font de leur mieux, ils essaient de se faire aimer, de plaire à leurs enfants, peut-être moins d'exercer leur autorité, de les cadrer, de les élever. Les règles de vie apparaissent contraignantes tant pour ceux qui doivent les subir et les respecter, que pour ceux qui les érigent.
Le rôle de l'Instruction Nationale devenue Education Nationale a-t-il changé ?
Autre point important: leur vacuité. Là aussi, difficile de se rappeler si on était plus intéressé à leur âge, force est de constater que nos ados naviguent dans un vide abyssal.
Pluggés à même la peau comme les héros d’Existen Z de David Cronenberg, ils sont inertes.
Les garçons écoutent leurs testicules pousser, les filles (sujet que j'avoue moins bien connaître) se déguisent en grandes: jupes en (faux?) cuir à 14 ans, gloss...
Ils/elles lèvent les yeux au ciel, ils n'écoutent rien, ils ne désirent rien. Philippe Sollers disait ainsi : <<la maladie de l'adolescence est de ne pas savoir ce que l'on veut et de le vouloir cependant à tout prix.>>
Impossible de les émerveiller. Leur accès à l'information et à la culture est facile, mais ils n'en font rien. Ils manquent d'idéologie, de rêve. Ainsi, ils sont mal perçus.
Il faut pourtant les comprendre. Stressés par un monde de plus en plus hostile, ils ne connaissent plus l'insouciance. Ils sont entourés d'images crues et violentes, de diktats, d'interdictions. Ils portent en eux nos souhaits, mais aussi toutes nos incertitudes, nos angoisses et nos peurs.
Et malgré toutes ces soi-disant précautions, ils manquent de repère, ils dérivent facilement. Il n'y a pas d'autre alternative que de continuer à leur manifester un amour et un soutien inconditionnels et ne jamais interrompre le dialogue, envers et contre tout.
F

vendredi 25 mars 2016

Syphilis maladie du présent ou du passé ?

Quatre (beaux) hommes m'attendaient ensemble dans la salle d'attente. Ils avaient tous rendez-vous ce matin-là à ma consultation.
J'ai d'abord cru à un cadeau de mes copines, mais ce n'était pas mon anniversaire… Malheureusement pour les femmes, il s'agissait de deux couples dont la répartition ne m'a pas été révélée, avec quelques croisements ou écarts, me semblait-il. Ils se regardaient en chien de faïence.
Ils avaient tous les quatre une sérologie syphilitique positive. Nul ne savait lequel l'avait contracté en premier et à quel moment. Ils s'accusaient entre eux, me prenaient à témoin… Je calmais le jeu, je suis pour la paix des ménages.
A mon étonnement, ce test, appelé TPHA-VDRL, n'avait jamais été pratiqué auparavant chez aucun d'entre eux. Cette infection (sexuellement transmise) est souvent omise dans les bilans à la recherche d'infections sexuellement transmissibles (IST).
Cette vieille maladie, probablement importée par Christophe Colomb et d'autres expéditions, c'est vous dire, mais rapidement adoptée par l'Europe, avec des hauts et des bas dans son incidence, n'a jamais totalement disparu.
Mes patients ne connaissaient d'ailleurs pas cette pathologie.
Je leur expliquais les trois temps de la syphilis, maladie bactériologique liée à une transmission majoritairement sexuelle. On rencontre des atteintes dermatologiques lors des phases primaire et  secondaire. D'abord la syphilis primaire, avec le chancre. Il s'agit d'une ulcération (sorte d'aphte) indolore, correspondant au point d'inoculation ou point de pénétration du tréponème (la bactérie en question).
Ce chancre est donc souvent sur les régions génitales mais parfois sur la langue, le palais, l'anus...Il s'accompagne parfois de gros ganglions (adénopathies) mais pas toujours.
En l'absence de traitement, il y a une diffusion du tréponème avec des éruptions cutanéo-muqueuses très variables, et parfois peu reconnaissables, à des temps différents appelées joliment des floraisons. C'est la syphilis secondaire.
La syphilis tertiaire est tardive et s'accompagne de divers signes neurologiques. Il convient toujours notamment dans tout bilan de troubles de la mémoire, de démence, de troubles de la sensibilité, de la rechercher. Et on a parfois des surprises en découvrant que mamie avait été moins sage qu'on imaginait en attrapant une IST il y a des années...
Mes patients n'avaient jamais présenté de symptomatologie évocatrice. L'examen clinique cutanéo-muqueux ne retrouvait rien de particulier, et pourtant il faut traiter toute sérologie de la syphilis positive. Pour éviter le passage vers une syphilis tertiaire potentiellement sévère et aussi pour limiter les épidémies.
Le traitement repose sur la pénicilline par voie intramusculaire, les autres antibiotiques étant moins efficaces. Le laboratoire a arrêté la commercialisation de cette forme de pénicilline en France. Il n'existe désormais plus en officine. J'ai donc dû me procurer une forme similaire auprès de l'APHP.
Ce retard au traitement ne peut que favoriser les épidémies.
L'incidence de la syphilis avait beaucoup diminué grâce aux traitements antibiotiques puis probablement grâce à l'utilisation plus répandue des préservatifs par crainte du VIH.
Les nouvelles thérapeutiques, très efficaces, contre le virus du sida ont diminué cette crainte.
Assiste-on à une recrudescence de la syphilis parce qu'on ne l'évoque plus, parce qu'elle passe souvent inaperçue, parce qu'on ne la connaît plus, parce qu'on ne se protège plus ?
Quelles que soient les réponses, le sida comme la syphilis ne sont pas à ce jour des maladi(e)sparues. 
F





mercredi 17 février 2016

Mourir au bon moment...

J'observe (malheureusement) depuis des années des patients malades et leurs familles, leurs réflexions, leurs réactions, face à une mort, imminente ou non. Je suis le témoin de leur étonnement, j'écoute leurs inquiétudes. Je mesure leur sentiment d'injustice toujours présent, quelles que soient les circonstances. 
Les proches des gens endeuillées tentent d'atténuer leur malheur. Mais ces tentatives sont souvent irrecevables: il était âgé, il souffrait, il buvait trop...Voire carrément déplacées: tu trouveras quelqu'un d'autre, tu es encore jeune...ou pire la remarque subie par le personnage joué par Jessica Chastain dans The tree of Life: tu as d'autres enfants...
Je me suis donc posée cette question. Quand peut-on considérer mourir au bon moment, alors qu'on a toujours le temps, et que ce n'est jamais le bon moment? Jamais?
Quelle mort nous paraît acceptable? A 80 ans après une embolie pulmonaire et sans avoir souffert?  Si notre état physique est jugé trop insupportable et qu'il n'est plus compatible avec la vie? Si l'on devient dépendant?
Cela dépend-t-il de l'âge, de nos réalisations, des problèmes médicaux en cours, des conditions du décès, des gens qu'on va laisser? Qui mérite de vivre longtemps et selon quels critères? 
Je repense à une patiente de 69 ans dont je m'occupais à l'hôpital. Elle avait une atteinte lymphomateuse cutanée puis une extension  avec de multiples métastases, pulmonaires, cérébrales.. Elle s'était battue jusque là, mais la maladie avait pris le dessus. Elle glissait vers le coma, petit à petit. Elle s'enfonçait. Son fils était prévenu, il allait arriver. Son manteau encore sur le dos, il a juste eu le temps de l'embrasser sur le front, de lui dire qu'il l'aimait, de lui dire au revoir, puis elle s'est arrêté de respirer et nous avons prononcé son décès. Comme si elle avait attendu ce moment pour partir.
Plus récemment, dans mon cabinet, j'ai reçu une vieille dame de 90 en très bon état général, sans antécédent, sans aucun traitement, sans aucun suivi. 
Son sein droit était dur comme la pierre, rétracté, couvert de métastases cutanées, une forme avancée de cancer du sein.On percevait également une métastase axillaire. Elle a senti mon désarroi mais ne m'a rien dit. Son médecin traitant lui avait pris rendez-vous sans son accord avec un cancérologue pour sa prise en charge. 
Puis j'ai reçu un message de ce cancérologue, interloqué, quelques jours plus tard me disant qu'elle ne s'était pas présentée en consultation. Elle ne m'avait pas prévenu de sa décision de ne rien faire, puisqu'elle avait facilement deviné qu'il n'y avait véritablement rien à faire, d'efficace à terme, tout du moins. Elle avait préféré choisir plutôt que de subir. Qui pourrait l'en blâmer?  Doit-on toujours tout faire pour retarder ce moment? 
Et, bien évidemment, je n'évoque pas ici l'environnement violent de certaines morts, car je n'ai que très peu côtoyé le contexte criminel en médecine légale. 
Celui qui fauche la vie d'un jeune homme, comme Ilan il y a déjà 10 ans, torturé à mort parce que juif, qui continue de hanter les vies et les nuits d'un pays tout entier.

F