jeudi 2 juillet 2015

Liberté d’expressions

C’est lorsqu'un patient m’a décrit son traitement antifongique (contre les champignons) en l’appelant kérosène, que j’ai décidé d’aborder ce thème.
Les lapsus, les confusions de termes, les méconnaissances anatomiques (déjà un peu évoquées dans un autre billet) sont légion dans les cabinets des médecins, à l’origine de connivences, de sourires ou d’hilarité.
Avec d’abord les noms des pathologies, des médicaments (ovocyte au lieu d’ovule pour le traitement d’une infection vaginale), et les expressions telles que la paralysie fiscale, les aisselles du nez…Certaines situations sont émouvantes.
Lorsque mon collègue orthopédiste, il y a plusieurs années, a expliqué à son patient qu’il ne pouvait pas l’opérer sans la radio, au lieu de venir avec ses clichés, il est arrivé avec un poste de radio (l’ancêtre de l’iPod) …Il croyait probablement lui devoir un pot de vin.
Les meilleures déformations des mots viennent des enfants : se lever aux horreurs, miniscule, mes et tes dicaments, ta et sa lopette…Nos croyances, nos interprétations erronées restent souvent nos meilleurs et nos pires souvenirs. Comme Justine Lévy qui, dans la gaieté, évoque les maladies orphelines, dont elle croyait qu’elles n’atteignaient que les orphelins.
Ma sœur et moi avons longtemps pensé que 2 os retenaient le bébé pendant la grossesse, qu’ils se brisaient et tombaient au moment de l’accouchement, lorsqu’il devenait trop gros, d’où l’expression perdre les os enfin les eaux!
Lors du Tour de France, qui n’a pas encouragé les échappés du peloton, imaginant des prisonniers libérés du joug de leurs geôliers? Qui ne s’est pas contorsionné devant sa glace, bouche ouverte, pour tenter d’apercevoir la queue du chat qu’on était censé avoir dans la gorge? Toutes ces expressions qui font la richesse de la langue française: graisser la patte, le pot aux roses…
Et la porte laissée entrebâillée toute la nuit pour faciliter le passage de la petite souris jusqu’à notre lit, la gueule soi-disant chargée de pièces…Les traces supposées des fesses du Père Noel sur la suie de la cheminée…
Dans le registre amoureux, je suis toujours une enfant devant certaines habitudes de langage: j’adore le coup de foudre. Je ne peux pas m’empêcher d’y associer un bruit de tonnerre et des éclairs dans un ciel assombri. J’aime aussi toutes les fois où l’on tombe (mais heureusement on se relève): amoureuse, enceinte.
Et l’homme ou la femme de sa vie, reposant sur la perpétuité (déjà également évoquée). Comme si on n’avait qu’une seule vérité. En cas de mariage interrompu, le nom est fixé par la Loi, à savoir ex femme ou ex mari mais sinon, quid de l’homme (ou de la femme) de sa vie après une rupture? On entame une nouvelle vie en oubliant la première?
Ma formule préférée demeure: faire l’amour. Elle est magnifique, élégante, excitante.
Cependant, quelle naïveté ou quelle prétention de penser qu’on peut faire un sentiment ?

F

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