mardi 26 mai 2015

Vieux c'est mieux!

Je recevais ce matin-là une nouvelle patiente de 50 ans qui me demandait comment en finir avec ses pattes d'oie et avoir un visage plus ferme.
Rajeunir est presque devenu une obsession chez certain(e)s patient(e)s, ce qui est concevable. Qui accepterait, sans lutter, la ptose ambiante,  une peau plus fripée, moins éclatante. Ceci bien sûr avec naturel, sans aller jusqu'à une métamorphose kafkaïenne, sans transformation en poisson-lune ou en une sorte de fée maléfique aux traits figés, contraire au but de départ.
Heureusement, parallèlement, l'esprit aussi a vieilli, quelle bonne nouvelle, car vous le savez-vous aussi, à quel point vieux c'est mieux!
Vous avez connu  un monde sans interdictions, sans précautions même les plus élémentaires. Vous avez tourné les pages d'un livre, parfois même de plusieurs. Vous avez grandi en écoutant les conversations des gens et pas la tête sur un écran, vous avez déjà traversé un parc en n'étant dérangé que par le bruit des oiseaux ou des enfants. Et puis, vous appréciez vraiment les avancées de la technologie, ayant jadis, possédé une  profonde télé noir et blanc avec 3 chaînes...
Vous regardez dans le rétroviseur avec émotion mais sans nostalgie. La nostalgie, (a dit  l'écrivain Neil Bissondath), vient quand le présent n'est pas à la hauteur des promesses du passé, mais ce n'est pas le cas, car ce passé a été utile, précieux, mais il est derrière. Il vous a aidé à avancer, à tirer profit des anciennes erreurs.
Vous êtes paradoxalement plus souple car le temps vous a adouci, mais plus déterminé(e). Vous savez ce qui est important. Vous avez pris du recul. Dans votre entourage, il n'y a plus de place pour les faux-semblants.
Vos ennemi(e)s, vous les avez identifiés, maîtrisés, neutralisés, ou méprisés selon le degré d'animosité. Vous avez désormais tout trié sur le volet.
Vous avez  écouté, appris, voyagé, découvert, désiré, vous avez plus de connaissances, d'expériences dans tous les domaines.
Vous n'êtes plus aussi impénétrable, vous faites moins la fine bouche, vous avez troqué le jamais le 1er soir (fondé sur?) par chouette, une soirée pleine d'espoir. Toute proposition alléchante est étudiée très rapidement, immédiatement opérationnel(le), vous y répondez  par la positive, avant que votre partenaire ne change d'avis et ne s'endorme...
Vous ne laissez pas passer ce spot, vous tombez séant la culotte. Vous avez gagné en efficacité y compris dans le domaine de la sexualité, vous ne vous égarez pas. La sensualité, la confiance acquise, et la spontanéité ont remplacé avantageusement la perte de fermeté...
Vieux c'est mieux, enfin on se rassure comme on peut...
F

mardi 19 mai 2015

Sage le mariage?

Je retrouvais cette jolie brune de 22 ans, adepte du soleil, qui après m’avoir donné des nouvelles de toute la famille, me lança à la figure de manière explosive :et moi, je vais me marier ! Comme si elle venait d'entrer à l'ENA, comme si c'était l’aboutissement de sa courte vie…
Après avoir rattrapé ma mâchoire (cette fille si jeune, si innocente, si…), je glanais quelques explications. Coup de foudre pour l’homme de sa vie, envie de fonder une famille, désir de passer une étape, sentiment d’être prête à entrer dans une période plus sérieuse de sa vie, tous les poncifs y sont passés…
Pourquoi souhaiter briser ce merveilleux moment de la relation en se mariant ? Pourquoi ne pas continuer à penser à l’autre tout le temps, à faire l’amour sur la plage, à se regarder tendrement, à se séduire, à se découvrir, à laisser la magie s’opérer ? Pourquoi transformer cette délicate sensation en emprisonnement ? S’il s’agit d’officialiser son amour, pourquoi ne pas juste convoquer ses amis et sa famille et le clamer en faisant une fête ?
Comment définir le mariage  ? La dernière forme légale d’esclavagisme ? Un marché de dupes ? Une série d’obligations orchestrée par l’Etat à l'origine d'un favoritisme économique?
Il n’y a qu’à assister au déroulement d’un mariage civil pour en prendre conscience. Vous êtes debout, la larme à l'œil, tels des accusés dans l'attente de la sentence.
Un représentant de l’Etat, que vous n’avez jamais rencontré auparavant, vous regarde dans les yeux, vous met dans un carcan éternel, vous noie dans la plus grande to do list de votre vie, et aussi la plus exigeante.
Il n’attend même pas quelques secondes pour recueillir votre réponse.
Et par amour, par convention sociale, par désir statutaire, vous vous surprenez à acquiescer. Votre famille est soulagée et heureuse de cette réussite, vos amis vous souhaitent bonne chance.
Hormis le côté festif, si vous arrivez encore à faire la fête après ça, le mariage est essentiellement un contrat, mais oblige-t-il vraiment à être sérieux , à rester amoureux et fidèles ? La fidélité en amour  découle de  la vision qu’on  porte à l'amour, pas d’une assignation. Qui mesure vraiment le poids de la perpétuité?

F

lundi 11 mai 2015

Menottes ou foulard?

J’ai reçu un jeune patient d’une vingtaine d’années, bégayant, très gêné,  la raison de sa venue. En effet, il s’était fait faire un piercing du gland, qui quelques jours après, peut-être avait-il mal désinfecté, s’était enfoncé et solidarisé à la peau.
J’avais déjà rencontré ce phénomène chez une jeune fille porteuse de boucles d’oreille, il arrive que le métal s’enfonce dans la chair, la peau le recouvre, obligeant à le rechercher en profondeur, à le désincarcérer, et à le retirer sous anesthésie locale.
Avec mes collègues gynécologues, on remarquait depuis longtemps, de plus en plus fréquemment, la pose de piercing sur des zones improbables : outre les classiques piercing du mamelon ou de la langue, le piercing du prépuce, d’une petite lèvre, du clitoris… Alors même que je préparais mon matériel, et que l’anesthésie commençait à être efficace, j’interrogeais donc ce pauvre jeune homme sur les motivations d’une telle décoration.
Je compris (enfin) que ces localisations particulières de pose permettaient de pimenter, d’accentuer les sensations de la ou du partenaire, lors des rapports, et notamment lors de la pénétration…Cela m’expliquait également certains traumatismes locaux que j’observais parfois en consultation, comme des déchirures vaginales nettes, des grandes stries de griffure du pénis…
L’univers actuel de la sexualité est donc exigeant, performant, à la recherche de nouvelles expériences. Alors qu’on prône un monde épuré, naturel, avec des cosmétiques sans paraben, une nourriture bio, sans gluten ni lait de vache, obtenue sans recours aux pesticides, pourquoi penser qu’utiliser des artifices et des jeux parfois dangereux et douloureux nous assurera plus de plaisir ?
Voulons-nous une version moderne et rock du Marquis de Sade? Nous inspirons-nous de certains réalisateurs comme Lars Von Trier pour lesquels le sexe inspire noirceur et souffrance ? Cherchons-nous à imiter la nouvelle littérature comme Fifty shades of grey , 3 tomes de supplice ?
Pouvons-nous encore jouir sans foulard ou cravache en cuir ?

F

lundi 4 mai 2015

Le monde de la Blonde

Un jour de novembre il y a 3 ans, une de mes patientes trentenaire, animatrice télé, plutôt blonde vénitienne, après avoir vu Pénélope Cruz au cinéma, avait décidé de foncer très largement ses cheveux, et d’opter pour une couleur chocolat noir.
Et là, branle-bas de combat général, levée de boucliers, de sa famille, de ses ami(e)s même les brunes, et de ses téléspectateurs choqués qui lui adressaient des courriers désapprobateurs.
Elle subissait même des remarques presque inappropriées comme : qu’est-ce qui vous arrive? Pourquoi avez-vous fait ça ? Cela vous vieillit beaucoup…Cela ajoute de la tristesse à votre visage.
D’où vient ce fétichisme capillaire ? Le souvenir de l’enfance quand on est innocent et lumineux ? Les stars américaines, écrasantes de beauté en femmes fatales ?
Quel est donc ce monde qui sacralise la Blonde ?
Cette valorisation de la blondasse, pousse même les plus mates à se décolorer les cheveux entraînant souvent un manque de naturel déconcertant et une perte de matière du cheveu. Mais c’est aussi une façon d’appartenir à une sorte d’élite, à un groupe trié sur le volet, remarquable, remarqué, celui des Blondes.
Et cette caste n’a qu’une obsession :la beauté et la persistance de sa couleur. Les situations en découlant sont bouleversantes, les Blondes s’épient entre elles, comparent leur couleur, ses mèches sont elles mieux faites que les miennes, la couleur est-elle plus claire ou moins claire. Quelle est sa base de départ, est-ce une vraie blonde ? Le seul passage au châtain est vécu par le Groupe comme une trahison.
Elles perdent un temps fou à se préoccuper de leur couleur et à la faire réaliser ; des heures chez le coiffeur à attendre et à lire des magazines peu enrichissants qui les ahurissent d’où leur mauvaise réputation. Ce n’est pourtant bien sûr pas la couleur de cheveux qui fait l’intelligence ou la bêtise, c’est la façon de coller au stéréotype, de la faire coincider à des attitudes. Elles vont loin parfois, elles accentuent le trait, soit en faisant la niaise qui ne parle pas et ne comprend rien (c’est parfois commode), soit en étant hostile et agressive comme une baby doll gâtée.
En effet, quand la Blonde se tait, elle est débile, et quand elle donne son avis, elle est insupportable…La Blonde n’a pas la vie facile !

F