mercredi 30 décembre 2015

Bonne santé!

Au moins une fois par an, j'essaie d'aller en Congrès: pour y revoir mes collègues de cursus qui m'ont supporté, et mes Maîtres qui m'ont admise parmi eux et tout appris, mais aussi pour mettre à jour mes connaissances. Parfois, je suis presque inquiète d'apprendre tant de choses. La Médecine, et ma spécialité la dermatologie évoluent chaque année: nouvelles maladies, nouveaux traitements, nouvelles avancées.
Nous avons une excellente session clôturant les Journées de dermatologie de Paris, appelée quoi de neuf, basée sur une revue de la littérature, qui reprend toutes ces nouveautés en médecine, en cancérologie, en recherche dermatologique et en dermatologie clinique, pendant laquelle j'ai les larmes aux yeux d'émotion. 
Je suis dans ma confraternité, parmi les Miens. Je réalise ma chance d'appartenir à ce monde en mouvement.
Je suis impressionnée par les travaux des unités de recherche, par mes Maîtres enthousiastes, optimistes, qui, à renfort d'études en tout genre et de nuits blanches, ont changé l'espérance de vie des patients atteints de maladies graves comme le mélanome métastatique (cancer de la peau), avec des postulats quelquefois tirés par les cheveux et des idées incroyables. Ils ont accepté d'être des génies de l'ombre, inconnus du grand public, sans moyen, sans reconnaissance alors qu'ils passent leurs vies à améliorer celles des autres.
Lorsque je discute avec eux entre 2 formations, ils me racontent certaines de leurs expériences, leurs essais thérapeutiques, leurs cas cliniques. Vincent m'explique quel traitement il a mis en oeuvre pour rendre enfin possible la maternité d'une ses patientes qui avait déjà perdu 4 bébés à cause d'une maladie auto-immune  de la grossesse (liée à des anticorps). Marie me fait part du topo qu'elle va présenter en cancérologie dermatologique. Cette année, j'ai également revu des médecins militaires toulonnais, rencontrés pendant mon Internat. Plus spécialisés en blessures par balles, ils vont probablement intervenir sur les blessés des attentats de Paris, pour effectuer des greffes de peau, pour surveiller la cicatrisation de leurs plaies.
C'est incroyable l'action positive qu'on peut parfois avoir sur l'humanité quand on ne baille pas dans un hémicycle ou qu'on ne sodomise pas les drosophiles dans une salle de réunion. 
Je vous souhaite à tous une merveilleuse année et une bonne santé!
Malgré cette servitude, malgré un mépris gouvernemental total, et même si la gratitude des patients n'est pas toujours au rendez-vous, Médecine, ma plus belle histoire d'Amour, c'est Vous! 
F

vendredi 27 novembre 2015

Soigner les maux et les mots de France (un billet d’humeur tricolore)

Les médecins, infirmiers, psychologues et tous les autres continuent de traiter avec beaucoup de dévouement les blessures inhérentes aux attentats de ce vendredi 13 novembre. Certaines douleurs sont assourdissantes, certaines plaies ne pourront jamais se refermer.
Pendant ce temps, on invoque la cohésion nationale pour guérir nos maux. La fierté d’une France mélangée, solidaire, unie et soudée …dans la peine.
Où en est vraiment le sentiment patriotique français et son symbole tricolore, laissé pendant des années aux mains des nationalistes?
Le ciment national est-il suffisamment consistant pour être à l’origine de fondations stables et solides? On aimerait posséder autant de millions que le nombre de fois où le Premier Ministre nous abreuve de « nos valeurs ». Et si on reprenait les mots piliers de la République française pour se rappeler à leur utilité, sans langage infantilisant ni jugement culpabilisant. Juste les mots pour les expliciter, se les réapproprier, (re)connaître leur sens et leurs limites.
Qu’est-ce qui définit la République Française?
D’abord la laïcité. Ce quatrième pilier de la France est devenu le premier depuis plus de dix ans et on n’a jamais autant parlé de religions que depuis qu’on a réaffirmé la laïcité. Si votre vie religieuse ne s’est jamais imbriquée dans votre vie civile, et si vous avez aussi (malheureusement) baillé lorsque le Professeur évoquait la laïcité sur les bancs de l’école de la République, vous pouvez être amené à la confondre avec une hostilité vis à vis de la religion, ou avec une certaine neutralité obligatoire de chacun.
En fait, ce serait, d’après le philosophe H.Pena Ruiz, un principe égalitaire autorisant la liberté de conscience avec une égalité des croyants et des athées, un premier pas vers l’antiracisme? Il s’agirait aussi, toujours d’après les spécialistes, de la neutralité de l’Etat et de ses représentants (conséquence de la séparation des Eglises et de l’Etat) pas de la neutralité des citoyens! D’où les débats houleux, les avis controversés (sur les signes extérieurs religieux dans l’espace publique et privé notamment) depuis des années avec plus récemment la question de la légitimité des crèches dans les mairies à Noël.
Et la Liberté, premier pilier historique de notre République, depuis la Révolution de 1789. Sous couvert de cette liberté que doit-on accepter? D’écouter certains vomir sur une religion sous le (faux) prétexte d’un conflit territorial lointain externe à la France? De laisser tenir des propos équivoques sur la condition de la femme?
Et puis, il y a plein d’autres mots qu’il est toujours difficile de manipuler.
L’intégration, mot beaucoup moins péjoratif qu’assimilation, mais encore très souvent précédé du mot effort. Peut-être que le mot concession serait un préfixe plus intéressant. Comme lors d’un mariage où chacun s’accepte tel qu’il est malgré les difficultés impliquées et où chacun reconnaît dans l’autre un passé et même s’en approprie tout ou partie.
Concernant ce qu’on qualifie de « diversité » environ 50% des français étant issus de l’immigration, la diversité serait-elle vraiment une minorité de la population française?
Quant aux amalgames, je croyais à un vieux terme utilisé jadis par les dentistes…
Soigner les mots de France est très important, sans faux bons sentiments, ni glue unitaire ou gélatine verdâtre, contribuera sans doute à soigner les maux de France.

F

samedi 14 novembre 2015

20 ans ont passé, tout a changé?

Ce vendredi 13 novembre 2015 me rappelle un autre jour.
Il faisait chaud à la bibliothèque de ma faculté de médecine ce 25 juillet 1995. Nous étions étudiants, nous préparions le concours de l'Internat, au moment où les bruits assourdissants des véhicules des pompiers et du SAMU et leurs lumières stroboscopiques, arrivés aux urgences, ont attiré notre attention. Nous avions compris que quelque chose s'était produit peut-être pas très loin.
A l'époque, rappelons-nous, pas d'iPhone, pas de BFM TV, pas de Facebook, pas de Twitter... (mes connaissances s'arrêtent là, vous pouvez compléter), donc pas d'information immédiate, seulement des suppositions.  Après renseignements pris au sein de la faculté et aux urgences médico-chirurgicales en face, un RER aurait déraillé à la station St-Michel vers 17h30, faisant morts et blessés. Situation de crise à l'hôpital.
Nous avions repris nos blouses dans nos services respectifs, nous nous étions portés volontaires pour aider nos collègues aux urgences, d'abord par humanité, par compassion, mais aussi parce nous savions à quel point la médecine de catastrophe était formatrice et utile. C'est un moment extraordinaire pour un médecin au sens propre du terme. 
Mais nous ne savions pas alors de quelle catastrophe il s'agissait vraiment. 
Aux urgences, les brancards s'entrechoquaient, l'anarchie régnait. Les blessés saignaient, les cris nous habitaient. De nombreuses sutures après, nous sommes enfin rentrés chez nous. Et là, dans nos radios, dans nos télés, le mot était lâché: attentat.
Depuis, vingt ans ont passé. Depuis, tout a changé: les combats, les ennemis, les gouvernements, les médias, la façon de relayer les informations, la façon de réagir aux informations. Tout a changé? Quand le pire vient d'arriver, comment se douter que ce ne serait pas un cas isolé, qu'il y aurait d'autres vies dévastées.
Je n'avais (presque) jamais évoqué cet événement, ni à mes amis, ni à ma famille, jusqu'à aujourd'hui, avec les yeux rougis. 

F

vendredi 13 novembre 2015

Mon sexe, il est beau?

Une fois que la question de la normalité de son sexe est à peu prés réglée, se pose, comme pour toute partie du corps à l’heure actuelle, la question de sa beauté.
En effet, les patients l’observent de plus en plus, émettent leur avis, en parlent très librement. Une star de la télé réalité déclarait même récemment avoir un vagin au moins aussi beau qu’avant son premier accouchement…Erreur  anatomique ou grande souplesse; en tout cas, l’esthétique des parties intimes est désormais incontournable. Améliorer l’apparence de son sexe, le garder jeune, comme son visage, est devenu un sujet à part entière.
Première interrogation: la pilosité. Comment faut-il l’épiler? Cela varie avec certaines modes. De manière définitive grâce au laser? Jusqu’à quel point? Triangle, ticket de métro? Pour ne plus jamais avoir aucun poil comme une très jeune fille au risque de le regretter? Laisser le naturel des années 70 (la zone en friche donc) rêvé par Nikki Silver la nouvelle papesse de l’érotisme poilu? D’autre part, pour assortir le haut et le bas, dans un souci d’homogénéité, certaines (souvent d’âge plus mûr…) se font la même coloration sur les poils pubiens restants que sur les cheveux.
Et les hommes? Doivent –ils dompter leur pilosité ou l’accepter? Doivent-ils utiliser une tondeuse pour améliorer le contact et l’impression de propreté?
Deuxième interrogation: la couleur. Les zones intimes sont physiologiquement plus foncées ce qui n’est pas au goût de chacun. Leur désir de le dépigmenter (la vulve, les testicules, le pli interfessier…) au laser notamment est régulièrement exprimé. Cas inverse: les patients et patientes atteints de vitiligo des parties intimes (dépigmentation sans gravité mais parfois gênante, irrégulière, d’évolution anarchique, probablement d’origine auto-immune). Lorsqu’ils consultent pour avis thérapeutique, je les sens très déçus quand je leur conseille simplement d’éteindre la lumière au lieu de traiter.
Troisième interrogation: la fermeté, la tenue. Sur le plan médical, des injections d’acide hyaluronique (produit dit de comblement, utilisé en esthétique essentiellement pour améliorer les plis et rides du visage) continuent à être employées pour repulper, pour hydrater les petites et les grandes lèvres. Un nouveau laser a également été mis au point, par analogie avec ceux destinés à la rejuvénation du visage, l’amélioration de la fermeté. On y a surtout recours pour revitaliser la muqueuse vaginale et ainsi lutter contre la sécheresse de cette zone. Sur le plan chirurgical, certains chirurgiens plasticiens se sont spécialisés dans les interventions sur les parties intimes. Pour les femmes, la labioplastie a pour but de réduire la taille des grandes ou des petites lèvres, qu’elles décrivent parfois comme flétries ou tombantes. La vaginoplastie permet de diminuer la taille de l’orifice vaginal et de le rendre ainsi plus tonique, de le rajeunir lui aussi. Pour les hommes, il s’agit essentiellement d’allonger ou d’élargir la taille du pénis.
Ça y est, problème de la beauté réglé? Alors continuez d’être prudents et sortez protégés!

F

vendredi 6 novembre 2015

Mon sexe, il est comment?

Cette question entêtante et affolée se retrouve de manière fréquente dans les films à caractère pornographique, paraît-il. Elle est aussi quasi quotidienne dans les cabinets des dermatologues. Ceci pour deux raisons: d'abord parce que les dermatologues sont les spécialistes de la peau et de toutes les muqueuses (génitale, anale, buccale...) et aussi parce cette spécialité  a toujours englobé la vénéréologie (anciennement syphilographie) c'est-à-dire les maladies vénériennes (syphilis, blennorragie...) devenues MST puis IST ou infections sexuellement  transmissibles. Ils connaissent donc profondément et dans les moindres recoins l'anatomie intime féminine et masculine, ils sont les mieux placés pour répondre aux inquiétudes des patients et des patientes.
Certains éléments de la vulve, de la verge ou des testicules nous interpellent et s’avèrent être des variations de la normale ou des lésions tout à fait bénignes, parfois elles ont toujours existé.
Elles peuvent être aussi des lésions effectivement infectieuses mais sans aucune gravité et sans caractère sexuellement transmis ou transmissible.
Parce que la zone concernée se trouve être la zone sexuelle, plus que jamais, ces découvertes corporelles font l’objet de mauvaises interprétations nourrissant les craintes conscientes ou non, liées au sexe ou à la pratique sexuelle.
En effet, les « grains de Fordyce », par exemple, sont des toutes petites glandes sébacées que l’on peut retrouver au niveau de la vulve, au niveau du prépuce ou encore du fourreau de la verge. Ces petits granulés jaunâtres superficiels sont fréquents, physiologiques, et ne nécessitent aucun traitement.
Autres éléments constitutionnels et fréquents: les papules perlées du gland appelées « hirsutisme balanique » sont des formations fibromateuses parfois sur plusieurs lignes sur la couronne du gland. Elles auraient un rôle physiologique, offrant plus de sensibilité lors du coït. Ces formations sont souvent confondues avec des « papillomes vénériens » et à ce titre sont vécues avec anxiété et culpabilité car elles posent la question de l’existence d’une infection et surtout d’une I.S.T (infection sexuellement transmissible) avec son cortège d’interrogations.  Premier soupir de soulagement...
Outre ces particularités physiologiques, certaines dermatoses communes, localisées au niveau génital : maladies inflammatoires mais non infectieuses (psoriasis, eczéma, lichen, aphtes…), ou allergies à un médicament, donnent parfois lieu à des examens lourds, culpabilisants, et à des angoisses, à des malaises quant à la fiabilité du ou de la partenaire.
Pour simplifier, ce n'est pas parce que le bout pèle que votre partenaire est infidèle. Deuxième soupir de soulagement...
D'autre part, la survenue de certaines infections, cette fois, comme les mycoses (infections liées à des champignons) n’ont pas lieu d’être systématiquement liées aux rapports sexuels. Elles surviennent souvent après un traitement antibiotique ou après un stress. Elles nécessitent elles aussi un traitement adapté afin que, outre les raisons médicales évidentes, ne se cristallisent sur la zone sexuelle les sensations de douleur qui entraînent la défiance vis-à-vis de la sexualité.
La découverte chez certains hommes, circoncis ou non, de taches pigmentaires brunes, quelquefois très foncées, de teinte inhomogène, irrégulières de taille, sur le pourtour du gland et du sillon balano-préputial, font redouter un mélanome génital (cancer de la peau ou des muqueuses). Il s’agit en fait de « mélanose » (lentiginose) du pénis. 
A l’inquiétude première de la mort liée à tout cancer, se surajoute la peur de se faire retirer un morceau de son anatomie et non des moindres. Parce que la zone concernée est la zone sexuelle la frayeur vire parfois à l’angoisse inconsciente de castration. Freud encore et toujours t'habite... 
Les « angiomes », des petits éléments violacés, parfois très foncés, imitant des lésions pigmentaires, peuvent apparaître sur la vulve (surtout lors ou après une grossesse), sur la verge ou les testicules. Ils sont définitifs mais n’ont en revanche aucune conséquence sur la santé. Troisième soupir de soulagement...
Il en est de même pour les kystes sébacés des testicules (boules blanchâtres ou jaunâtres de sébum entourées d’une coque), qui sont des lésions tout à fait bénignes. Elles peuvent être enlevées en cas de gêne et ne génèrent aucune cicatrice.
Il n'y a donc pas de quoi paniquer, si vous vous interrogez, consultez pour vous rassurer.


vendredi 28 août 2015

Toute première fois

Elle procure une émotion incroyable la toute première fois. C’est une situation nouvelle, inédite, tranchant radicalement avec la routine, un moment béni des Dieux, un moment de bonheur pur et simple transcendant le cours de nos existences. La toute première fois embrasse tous les domaines : amoureux, culturel, artistique…Le premier regard, les premières mesures de Sunday Bloody Sunday annonçant l’arrivée de Bono sur scène, la première lecture d’un texte merveilleux, la première arrivée sur la vieille ville de Jérusalem…
Quand on est médecin, c’est quand on a sauvé la vie de quelqu’un pour la toute première fois. L’inoubliable instant où l’on s’est pris pour Dieu, et ça fait du bien! Je me suis remémorée cette sensation extraordinaire lors de la (re)diffusion d’un volet de l’émission enquête exclusive. Le réanimateur pédiatrique filmé s’occupait d’un enfant de 2 ans admis pour un asthme aigu grave. Son pronostic vital était en jeu tant il ne pouvait plus respirer malgré l’arsenal thérapeutique mis en œuvre. Tout allait très vite, avec un sang-froid adapté, ce médecin a dit aux infirmiers : attention, il va s’arrêter. Et il avait raison. Tout à coup, plus un souffle, ECG plat, l’enfant était en arrêt cardio-respiratoire. Mais cela n’a duré qu’une seconde, les soignants tous affairés à leur poste, il a été ventilé au masque frénétiquement  puis intubé, et le réanimateur a dit: ça y est, merci à tous, nous l’avons ramené. Soulagement, reconnaissance éternelle des parents, les téléspectateurs dont j’étais ont essuyé une larme.
Mon premier massage cardiaque, geste dur et fastidieux, ma toute première fois, partait très mal. J’étais seule, fatiguée, mais dans le désespoir, la force est décuplée et miracle, j’ai perçu le pouls carotidien, le patient est revenu après quelques minutes de blackout. Cette impression de dépassement de soi, teintée de joie et de gloire, ne vous quitte plus. Elle vous grise, vous ne pouvez plus vivre sans elle. Elle vaut de l’or! Je me suis toujours demandée pourquoi les médecins, et les soignants en général étaient si mal rémunérés surtout en France, malgré un service rendu allant bien au-delà de l’acquisition d’une quelconque richesse (la vie étant le bien le plus précieux). Naïvement, je croyais à un mépris des professions de santé, historique, aggravé au fil des années, entretenu par les différents gouvernements. Je me trompais. En fait, les soignants ont tellement de décharges d’adrénaline qu’ils sont au-dessus des biens matériels. Ils les compensent par toutes ces émotions positives. Nul besoin de sports d’hiver, de sacs de marque, de belles voitures quand on a le privilège de vivre de telles sensations…
Et c’est un peu pareil quand vous avez sauvé des centaines de vie d’une fusillade, vous avez juste droit à la même médaille qu’une présentatrice de variétés!

F

mardi 25 août 2015

Belles mèr(d)es

J’enviais la jeune fille que je devais opérer d’un abcès du dos ce matin-là tant elle avait l’air proche de sa belle-mère, venue l’accompagner. Elles semblaient complices presque amies. Si vous trouvez votre belle-mère pleine de qualités, agréable, utile et serviable, passez votre chemin, ce billet d’humeur risque de ne pas vous concerner. En revanche, si pour vous, la seule chose digne d’intérêt émanant de votre belle-mère est son Fils, là, vous allez vous sentir moins seule… La belle- mer(d)e, c’est un élément immuable de nos vies contre lequel se débattre ne sert à rien. Elle a peu de chance de changer mais vous de nombreuses de vous épuiser.
A-t-on d’ailleurs toujours un a priori négatif sur sa belle-mère ? Nous avons baigné, comme toutes les petites filles, dans l’atmosphère des belles-mères des films de Disney, sorcières méchantes et maléfiques. Alors que, malgré une appellation commune, il ne s’agit pas du même type de belle-mère.
Ce statut bancal et délicat ne confère-t-il pas un qui vive hostile de la part de la belle-fille ? Cherchons-nous en elle, à tort, une seconde maman, une oreille attentive, une confidente ?
Attendons-nous trop de celle qui a engendré cet être parfait qu’on a choisi d’épouser ? D’où proviendraient donc son intelligence, sa beauté, sa finesse d’esprit ? Pas de la génétique ?
Les défauts de la belle-mère nous apparaissent toujours plus intolérables, inacceptables, inadmissibles, nous avions fini par concéder l’existence de l’imperfection sauf pour elle! Elle nous agace quoi qu’elle fasse.
Dans les stéréotypes classiques de la belle-mère, il existe la jalouse, l’exclusive, celle qui ne veut pas céder sa place. Elle s’invite dans votre appartement, elle s’y installe sans durée déterminée. Elle vous rappelle sans cesse à quel point vous êtes chanceuse… J’en ai rencontré également des démoniaques, écrasantes, malveillantes, machiavéliques, elles mettent en défaut leurs belles-filles, elles cherchent à nuire. Qui leur a autorisé le préfixe belle?
Il y a aussi celle qui donne son avis sur les enfants (même si ce sont les vôtres), les vacances, le travail, l’argent, tout est prétexte à l’écouter. Si vous travaillez, vous élevez mal vos enfants, si vous ne travaillez pas, quelles sont vos occupations exactement ?
Vous abordez parfois des sujets similaires avec votre propre mère, dans une atmosphère de discorde et de tension, mais le background est différent, les liens sont directs, vous vous permettez plus de répartie, il en résultera moins de ressentis.
 Et puis il y a la belle-mèr(d)e qui ne sert à rien, elle n’est pas nocive, pas méchante. Tellement vide, vous n’en n’attendez rien. Si elle présentait le moindre intérêt, vous le sauriez depuis le temps que vous la fréquentez. Vous continuez à vous étonner de cette génétique mais à quoi bon…
Vous croisez les doigts, vous espérez juste que vous serez différente quand, à votre tour, vous deviendrez belle-mèr(d)e!

F

samedi 25 juillet 2015

Rencontres du 3e type

La jolie trentenaire venue en consultation ce matin-là pour l’examen de ses grains de beauté avait crée sa propre entreprise, une sorte d’agence de rencontres basée sur les sorties et les week-ends en groupes. Je suis toujours admirative des créateurs de start-up. C’est en écumant tous les sites de rencontre qu’elle avait trouvé cette (bonne) idée. N’étant ni (très) jeune ni d’Amérique du Nord, je n’avais jamais côtoyé tous ces sites. Les rencontres mythiques, les rencontres très rapides, les rencontres après validation d’un panier (avec parfois une remise?), les rencontres triées sur le volet avec uniquement des gens élus et attirants…
Lors de l’apparition de ces sites sur la toile, n’y connaissant rien, j’avais été sceptique quant à la réussite de ce concept. C’est finalement une idée très ancienne, vieille comme le monde, idée que mon arrière grand-mère Rachel avait déjà eu au début du vingtième siècle, dans son petit village reculé. Mais elle est ici  remise au goût du jour, dans une version moderne avec des rencontres électroniques (voire électroniquées…)
J’étais de prime abord surprise, que cette patiente y ait eu recours. C’est vrai que ma patiente était drôle, indépendante, intelligente. Mais à part ces points bloquants, elle semblait coller parfaitement aux stéréotypes de la misère masculine : blonde, vêtements de cuir, bon ratio fesses-poitrine …
Rien à voir avec une quelconque solitude ou timidité. C’est une question d’époque. Elle m’expliquait les tenants et les aboutissants de la vie numérique. Si vous voulez connaître les dernières informations, une recette de cuisine, une idée cadeau, lire un livre, acheter un chat (ou une chatte), converser avec des amis (proches ou non), vous finissez toujours par coller votre regard à un ordinateur ou à une tablette. C’est devenu un réflexe à tout âge.
Alors pourquoi ce ne serait pas pareil pour rencontrer quelqu'un. Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse. Après tout, la relation établie après ne sera pas plus virtuelle que si elle était issue d’une rencontre aléatoire dans un bar.

F

vendredi 17 juillet 2015

Errare humanum est

Je voyais à ma consultation, un matin de décembre 2014, un jeune interne en cardiologie pour une poussée d'eczéma généralisé. Le stress en était le facteur déclenchant, il semblait dépité : un de ses patients venait de décéder durant sa garde. Probablement d’une embolie pulmonaire. Il n’avait pas réussi à le sauver, il avait évoqué le diagnostic tardivement, il avait peut-être mal choisi ses prescriptions, il se sentait responsable…
Tout médecin a déjà connu cette situation, la fatigue des gardes, les difficultés de l’interrogatoire, l’idée première d’un diagnostic que notre esprit ne veut pas quitter. Lorsque j'étais interne de garde aux urgences d'un hôpital de banlieue parisienne, en décembre 1997, j'avais vécu cette situation. J'avais ainsi pris à tort un infarctus du myocarde pour une urgence digestive. Il s'agissait d'un patient non francophone qui avait des douleurs abdominales alors que les douleurs cardiaques sont d'ordinaire plus hautes. Les enzymes hépatiques étaient élevées comme on peut l'observer dans certaines urgences digestives mais aussi dans un infarctus du myocarde.
J'avais demandé un électrocardiogramme, contrairement à l'interne du film Hippocrate, mais je ne l'avais pas regardé. Je l’avais (mal) orienté en chirurgie viscérale, malgré l'examen clinique du chirurgien aux urgences qui allait contre ma suspicion...
Bref, j'avais cumulé les erreurs. Je  ne dois son salut (et le mien) qu’à l’équipe de réanimation venue le sauver la nuit suivante d'une insuffisance cardiaque compliquant cet infarctus. Il m’arrive encore d’y penser presque 20 ans après.
Même si l’erreur est humaine, en médecine, comme dans toute vie professionnelle ou personnelle, elle est parfois lourde de conséquences. Ce n’est pas l’erreur qui sera jugée, mais plutôt la capacité et la motivation à la réparer lorsque c’est possible. Puis, seule l’humilité, qualité essentielle de tout être humain et en particulier des soignants, nous permet d’apprendre de nos erreurs pour nous améliorer et ne pas les répéter.
Cela me rappelle un épisode de Grey’s Anatomy, série médicale, qui contre toute attente, n’est pas très loin de la réalité, à part la présence du magnifique Patrick Dempsey. Le titulaire Weber furieux aide un interne sur la mauvaise voie. Il corrige de justesse l’erreur du jeune homme proche de la catastrophe. Il le découvre, quelques heures après, soupirant de soulagement, et lui dit alors à peu de choses près: souviens-toi surtout du début de cette histoire et de tes craintes, pas du soulagement que tu as ressenti à la fin, cela te fera avancer.
En médecine, on est toujours du bon côté. Parfois, les critères varient, les choix sont donc cornéliens, et les décisions collégiales: interrompre une grossesse, mettre fin à une réanimation, préférer tel ou tel traitement…Une erreur médicale c'est bien plus qu'une erreur professionnelle. 
C'est briser un serment, briser un sacerdoce. Tel un Chevalier brisant son allégeance à son Seigneur, un prêtre rompant ses vœux.
C'est une question de lien et de confiance. D'abord avec le patient qu'on a juré d'améliorer coûte que coûte mais aussi vis à vis de nos Maîtres.
Nos pairs risquent ne plus nous juger dignes de leur enseignement, ne plus nous considérer comme leurs semblables, appartenant à la confraternité, ils risquent même de nous en exclure, déchéance d'entre toutes!  
Dans la vie quotidienne, certains choix sont également déterminants et nous caractérisent. Les décisions rapides ou impulsives, traverser le passage à niveau au dernier moment, arrêter d’étudier, faire l’amour sans préservatif, quitter quelqu’un… nous impactent à vie.
Un homme est fait de choix et de circonstances ; personne n’a de pouvoir sur les circonstances, mais chacun en a sur ses choix, a dit ainsi Eric-Emmanuel Schmitt.

F


jeudi 2 juillet 2015

Liberté d’expressions

C’est lorsqu'un patient m’a décrit son traitement antifongique (contre les champignons) en l’appelant kérosène, que j’ai décidé d’aborder ce thème.
Les lapsus, les confusions de termes, les méconnaissances anatomiques (déjà un peu évoquées dans un autre billet) sont légion dans les cabinets des médecins, à l’origine de connivences, de sourires ou d’hilarité.
Avec d’abord les noms des pathologies, des médicaments (ovocyte au lieu d’ovule pour le traitement d’une infection vaginale), et les expressions telles que la paralysie fiscale, les aisselles du nez…Certaines situations sont émouvantes.
Lorsque mon collègue orthopédiste, il y a plusieurs années, a expliqué à son patient qu’il ne pouvait pas l’opérer sans la radio, au lieu de venir avec ses clichés, il est arrivé avec un poste de radio (l’ancêtre de l’iPod) …Il croyait probablement lui devoir un pot de vin.
Les meilleures déformations des mots viennent des enfants : se lever aux horreurs, miniscule, mes et tes dicaments, ta et sa lopette…Nos croyances, nos interprétations erronées restent souvent nos meilleurs et nos pires souvenirs. Comme Justine Lévy qui, dans la gaieté, évoque les maladies orphelines, dont elle croyait qu’elles n’atteignaient que les orphelins.
Ma sœur et moi avons longtemps pensé que 2 os retenaient le bébé pendant la grossesse, qu’ils se brisaient et tombaient au moment de l’accouchement, lorsqu’il devenait trop gros, d’où l’expression perdre les os enfin les eaux!
Lors du Tour de France, qui n’a pas encouragé les échappés du peloton, imaginant des prisonniers libérés du joug de leurs geôliers? Qui ne s’est pas contorsionné devant sa glace, bouche ouverte, pour tenter d’apercevoir la queue du chat qu’on était censé avoir dans la gorge? Toutes ces expressions qui font la richesse de la langue française: graisser la patte, le pot aux roses…
Et la porte laissée entrebâillée toute la nuit pour faciliter le passage de la petite souris jusqu’à notre lit, la gueule soi-disant chargée de pièces…Les traces supposées des fesses du Père Noel sur la suie de la cheminée…
Dans le registre amoureux, je suis toujours une enfant devant certaines habitudes de langage: j’adore le coup de foudre. Je ne peux pas m’empêcher d’y associer un bruit de tonnerre et des éclairs dans un ciel assombri. J’aime aussi toutes les fois où l’on tombe (mais heureusement on se relève): amoureuse, enceinte.
Et l’homme ou la femme de sa vie, reposant sur la perpétuité (déjà également évoquée). Comme si on n’avait qu’une seule vérité. En cas de mariage interrompu, le nom est fixé par la Loi, à savoir ex femme ou ex mari mais sinon, quid de l’homme (ou de la femme) de sa vie après une rupture? On entame une nouvelle vie en oubliant la première?
Ma formule préférée demeure: faire l’amour. Elle est magnifique, élégante, excitante.
Cependant, quelle naïveté ou quelle prétention de penser qu’on peut faire un sentiment ?

F

vendredi 26 juin 2015

Les pères et les mères veilleux

Je demandais de ses nouvelles à un patient trentenaire dont la femme venait d’avoir leur premier bébé. Dans cette situation, la réponse est souvent directe, automatique, empreinte de bonheur, de fierté, de joie extrême, parfois explosive.
Mais là, je ne le sentais pas si enthousiaste pour un jeune papa, plutôt hésitant, circonspect. Il m’a fait part de ses difficultés nouvelles, de sa peur de ne pas être à la hauteur de cette tâche, de ses doutes quant à accepter une telle dépendance réciproque. Soyons clairs: un tel discours si franc, si clairvoyant, était une vraie nouveauté! Je n’avais jamais entendu, en consultation, comme à la sortie de l’école, que des parents satisfaits, pétris de certitude. Même mon ami d’enfance, que j’avais perdu de vue pendant plus de 10 ans, lorsque je l’ai rappelé, m’a immédiatement inondé de phrases mielleuses concernant ses enfants « magnifiques » de 14 et 12 ans.
C’était peut-être sa façon d’exprimer sa satisfaction tout simplement, ou sa supériorité, je ne sais pas. Qui qualifie de « magnifiques » des adolescents? J’avais failli lui répondre que les miens étaient moches et cons, mais d’abord c’est heureusement faux, et en plus, je ne savais pas si c’était son manque d’humour qui nous avait éloigné ces dernières années…
Cet accès admiratif s’envisage avec des tout petits parce qu’ils ont des beaux traits et qu’ils ne sont pas encore  effrontés ou insultants, mais après? Cette dithyrambe s’inscrit dans une méthode Coué ou dans une façon d’exprimer sa propre perfection, les enfants étant la conséquence et le prolongement de cette perfection supposée. C’est de la poudre aux yeux, la perfection n’étant pas le propre du genre humain.
Les enfants s’intègrent dans nos vies, sans formation préalable ni diplôme, à l'instar d'un projet immobilier, travaillé, réfléchi et réalisé à un moment précis. Sur leurs épaules reposent tous nos espoirs et nos souhaits.
Pères et mères sont les architectes de l’éducation a dit jadis Plaute, mais sont-ils les seuls, quel est donc leur véritable rôle? Nous souhaitons tous le meilleur pour nos enfants, avec une échelle différente d’une famille à l’autre. Attendons-nous trop d’eux? Pourtant, ne rien attendre n’arrangerait pas les choses… Avons-nous changé de cadre? Qui faut-il alors  blâmer lorsqu’ils ne sont pas à la hauteur de nos espérances ou de celles de l’Education Nationale?
Ces pères et ces mères veilleux, parfois méprisants, souvent moralisateurs, oublient facilement qu’aucune relation linéaire n’existe strictement entre, ce que nous sommes, nos préceptes et le devenir de nos merveilles.
F

mardi 16 juin 2015

Dure à avaler!

Une dispute musclée venait de débuter en salle d’attente entre une mère et son fils adolescent d’une quinzaine d’années, régulièrement suivi pour une acné. Je les entendais hurler sans distinguer l’objet d’une telle colère. Je proposais donc de le voir seul, sans sa maman excédée, ils acquiescèrent tous les deux.
Le jeune homme s’étonnait de la réaction (disproportionnée) de sa mère alors qu’il venait de se faire renvoyer de son (célèbre) établissement scolaire parisien pour «rapports sexuels dans les toilettes».
En fait, m’expliqua-t-il, «ce n’était pas un rapport sexuel mais une fellation», je vous résume, il l’a bien sûr dit plus vulgairement…
Et là, j’étais bouche bée réalisant à quel point j’avais vieilli. Depuis quand la fellation n’est plus considérée comme un rapport sexuel? Flûte alors! Elle est devenue un jeu d’adolescent? Mon sang de maman n’a alors fait qu’un tour.
Plus stupéfiant encore, le déroulement de l’épisode. Avait-il été pris d’un désir fougueux pour sa petite amie, et excité en cours de littérature, après avoir étudié Raymond Radiguet et son fameux diable au corps? Que nenni! Ce n’était pas son amoureuse, il ne lui avait jamais caressé la main en lui chuchotant des mots tendres, il ne l’avait même jamais embrassé auparavant …
C’était juste une camarade de son groupe de copains et de copines, des élèves studieux, avec lesquels cette petite séance sexuelle s’était improvisée dans les toilettes avec fellation pour certains couples et cunnilingus pour d’autres.
La parité s’exerce parfois à des moments inattendus. Tous avaient été immédiatement repérés et renvoyés aussitôt, en pleine année scolaire …
L’entrée en sexualité s’effectue de plus en plus tôt et de manière parfois abrupte, irréfléchie, dans un esprit de compétition. Doit-on blâmer les parents? Trop détachés, trop occupés, trop confiants, ils délèguent l’éducation et faillissent à leur rôle? L’école, l’éducation nationale, qui gère déjà d’autres enseignements? Les médias? Les réseaux sociaux? Ils ont sexualisé notre environnement dès le plus jeune âge et ont banalisé le sexe. Il est désormais sorti du contexte affectif de départ: la relation amoureuse.
Les adolescents discernent quelquefois mal le côté fictif de certains films pornographiques, pourtant relativement évident à l’âge adulte, contrairement à celui des films d’aventures.
Je restais perplexe, quant à toute cette histoire, qui, vous en conviendrez, est un peu dure à avaler!

F

vendredi 5 juin 2015

A la vie !

Ce patient d’à peine 45 ans consultait pour une cicatrice de triple pontage coronarien, suite à un infarctus massif brutal et récent. Un sportif, marathonien, non tabagique. Pas le candidat idéal à un décès prématuré a priori…
Sa vision de la vie venait de changer radicalement. Le compteur s’était remis à zéro, il se sentait miraculé. Il avait, selon ses mots, rencontré Dieu, et aussi ses serviteurs sur Terre - en matière de santé du moins- à savoir les Soignants. En théorie, nous savons tous que la santé est un bien inestimable, on se la souhaite bonne, tous les 1er janvier.
Mais en pratique, quand aucune douleur physique n’est ressentie, que le corps et l ‘esprit ont l’air de fonctionner, on ne réalise pas assez à quel point la vie ne coule pas de source.
Tant qu’il n’y a pas de mise en garde, on ne mesure pas sa chance. On ignore (et heureusement, sinon on ne vivrait pas sans une consommation délirante d’anxiolytiques…) que tout peut basculer malgré tant d'effort.
J’avais malheureusement déjà vécu une situation similaire. C’était un 12 octobre, certaines dates ne s’oublient jamais. Je donnais une ordonnance à un patient au moment où tout s’est arrêté, je ne comprenais plus ses questions, je ne parlais plus, je bredouillais des sons inaudibles. Et là, je ne me rappelle que des lumières du véhicule du SAMU, du bruit des sirènes, de mes cris, des Urgences, des infirmières en train de courir puis d’un silence complet..
Je croyais me réveiller au paradis, j'apercevais des ombres blanches et floues s'agiter, mais j’ai vite reconnu des draps familiers jaune clair, avec le logo APHP (Assistance Publique Hôpitaux de Paris).
Je ne bougeais toujours pas mais j’avais très mal, j’étais donc toujours vivante!
Et là, les réactions de mon entourage, très inquiet en majorité, avec parfois des nuances étranges me laissant entendre à quel point on est finalement remplaçable...
Je décidais de me remettre rapidement sur pied jugeant la mélancolie trop inconfortable.
Si vous aviez une deuxième chance, à quoi et à qui penseriez-vous en rouvrant les yeux ? A vos familles ? A vos amours passées et présentes ? A la maison de votre enfance ? A faire un safari en Tanzanie ? Une mission humanitaire en Asie ?
Je viens juste de fêter mon anniversaire, quelle joie s’associe désormais à un événement d’apparence si ordinaire.
Alors, à tout ce qui suit, et à la vie !


F

mardi 26 mai 2015

Vieux c'est mieux!

Je recevais ce matin-là une nouvelle patiente de 50 ans qui me demandait comment en finir avec ses pattes d'oie et avoir un visage plus ferme.
Rajeunir est presque devenu une obsession chez certain(e)s patient(e)s, ce qui est concevable. Qui accepterait, sans lutter, la ptose ambiante,  une peau plus fripée, moins éclatante. Ceci bien sûr avec naturel, sans aller jusqu'à une métamorphose kafkaïenne, sans transformation en poisson-lune ou en une sorte de fée maléfique aux traits figés, contraire au but de départ.
Heureusement, parallèlement, l'esprit aussi a vieilli, quelle bonne nouvelle, car vous le savez-vous aussi, à quel point vieux c'est mieux!
Vous avez connu  un monde sans interdictions, sans précautions même les plus élémentaires. Vous avez tourné les pages d'un livre, parfois même de plusieurs. Vous avez grandi en écoutant les conversations des gens et pas la tête sur un écran, vous avez déjà traversé un parc en n'étant dérangé que par le bruit des oiseaux ou des enfants. Et puis, vous appréciez vraiment les avancées de la technologie, ayant jadis, possédé une  profonde télé noir et blanc avec 3 chaînes...
Vous regardez dans le rétroviseur avec émotion mais sans nostalgie. La nostalgie, (a dit  l'écrivain Neil Bissondath), vient quand le présent n'est pas à la hauteur des promesses du passé, mais ce n'est pas le cas, car ce passé a été utile, précieux, mais il est derrière. Il vous a aidé à avancer, à tirer profit des anciennes erreurs.
Vous êtes paradoxalement plus souple car le temps vous a adouci, mais plus déterminé(e). Vous savez ce qui est important. Vous avez pris du recul. Dans votre entourage, il n'y a plus de place pour les faux-semblants.
Vos ennemi(e)s, vous les avez identifiés, maîtrisés, neutralisés, ou méprisés selon le degré d'animosité. Vous avez désormais tout trié sur le volet.
Vous avez  écouté, appris, voyagé, découvert, désiré, vous avez plus de connaissances, d'expériences dans tous les domaines.
Vous n'êtes plus aussi impénétrable, vous faites moins la fine bouche, vous avez troqué le jamais le 1er soir (fondé sur?) par chouette, une soirée pleine d'espoir. Toute proposition alléchante est étudiée très rapidement, immédiatement opérationnel(le), vous y répondez  par la positive, avant que votre partenaire ne change d'avis et ne s'endorme...
Vous ne laissez pas passer ce spot, vous tombez séant la culotte. Vous avez gagné en efficacité y compris dans le domaine de la sexualité, vous ne vous égarez pas. La sensualité, la confiance acquise, et la spontanéité ont remplacé avantageusement la perte de fermeté...
Vieux c'est mieux, enfin on se rassure comme on peut...
F

mardi 19 mai 2015

Sage le mariage?

Je retrouvais cette jolie brune de 22 ans, adepte du soleil, qui après m’avoir donné des nouvelles de toute la famille, me lança à la figure de manière explosive :et moi, je vais me marier ! Comme si elle venait d'entrer à l'ENA, comme si c'était l’aboutissement de sa courte vie…
Après avoir rattrapé ma mâchoire (cette fille si jeune, si innocente, si…), je glanais quelques explications. Coup de foudre pour l’homme de sa vie, envie de fonder une famille, désir de passer une étape, sentiment d’être prête à entrer dans une période plus sérieuse de sa vie, tous les poncifs y sont passés…
Pourquoi souhaiter briser ce merveilleux moment de la relation en se mariant ? Pourquoi ne pas continuer à penser à l’autre tout le temps, à faire l’amour sur la plage, à se regarder tendrement, à se séduire, à se découvrir, à laisser la magie s’opérer ? Pourquoi transformer cette délicate sensation en emprisonnement ? S’il s’agit d’officialiser son amour, pourquoi ne pas juste convoquer ses amis et sa famille et le clamer en faisant une fête ?
Comment définir le mariage  ? La dernière forme légale d’esclavagisme ? Un marché de dupes ? Une série d’obligations orchestrée par l’Etat à l'origine d'un favoritisme économique?
Il n’y a qu’à assister au déroulement d’un mariage civil pour en prendre conscience. Vous êtes debout, la larme à l'œil, tels des accusés dans l'attente de la sentence.
Un représentant de l’Etat, que vous n’avez jamais rencontré auparavant, vous regarde dans les yeux, vous met dans un carcan éternel, vous noie dans la plus grande to do list de votre vie, et aussi la plus exigeante.
Il n’attend même pas quelques secondes pour recueillir votre réponse.
Et par amour, par convention sociale, par désir statutaire, vous vous surprenez à acquiescer. Votre famille est soulagée et heureuse de cette réussite, vos amis vous souhaitent bonne chance.
Hormis le côté festif, si vous arrivez encore à faire la fête après ça, le mariage est essentiellement un contrat, mais oblige-t-il vraiment à être sérieux , à rester amoureux et fidèles ? La fidélité en amour  découle de  la vision qu’on  porte à l'amour, pas d’une assignation. Qui mesure vraiment le poids de la perpétuité?

F

lundi 11 mai 2015

Menottes ou foulard?

J’ai reçu un jeune patient d’une vingtaine d’années, bégayant, très gêné,  la raison de sa venue. En effet, il s’était fait faire un piercing du gland, qui quelques jours après, peut-être avait-il mal désinfecté, s’était enfoncé et solidarisé à la peau.
J’avais déjà rencontré ce phénomène chez une jeune fille porteuse de boucles d’oreille, il arrive que le métal s’enfonce dans la chair, la peau le recouvre, obligeant à le rechercher en profondeur, à le désincarcérer, et à le retirer sous anesthésie locale.
Avec mes collègues gynécologues, on remarquait depuis longtemps, de plus en plus fréquemment, la pose de piercing sur des zones improbables : outre les classiques piercing du mamelon ou de la langue, le piercing du prépuce, d’une petite lèvre, du clitoris… Alors même que je préparais mon matériel, et que l’anesthésie commençait à être efficace, j’interrogeais donc ce pauvre jeune homme sur les motivations d’une telle décoration.
Je compris (enfin) que ces localisations particulières de pose permettaient de pimenter, d’accentuer les sensations de la ou du partenaire, lors des rapports, et notamment lors de la pénétration…Cela m’expliquait également certains traumatismes locaux que j’observais parfois en consultation, comme des déchirures vaginales nettes, des grandes stries de griffure du pénis…
L’univers actuel de la sexualité est donc exigeant, performant, à la recherche de nouvelles expériences. Alors qu’on prône un monde épuré, naturel, avec des cosmétiques sans paraben, une nourriture bio, sans gluten ni lait de vache, obtenue sans recours aux pesticides, pourquoi penser qu’utiliser des artifices et des jeux parfois dangereux et douloureux nous assurera plus de plaisir ?
Voulons-nous une version moderne et rock du Marquis de Sade? Nous inspirons-nous de certains réalisateurs comme Lars Von Trier pour lesquels le sexe inspire noirceur et souffrance ? Cherchons-nous à imiter la nouvelle littérature comme Fifty shades of grey , 3 tomes de supplice ?
Pouvons-nous encore jouir sans foulard ou cravache en cuir ?

F

lundi 4 mai 2015

Le monde de la Blonde

Un jour de novembre il y a 3 ans, une de mes patientes trentenaire, animatrice télé, plutôt blonde vénitienne, après avoir vu Pénélope Cruz au cinéma, avait décidé de foncer très largement ses cheveux, et d’opter pour une couleur chocolat noir.
Et là, branle-bas de combat général, levée de boucliers, de sa famille, de ses ami(e)s même les brunes, et de ses téléspectateurs choqués qui lui adressaient des courriers désapprobateurs.
Elle subissait même des remarques presque inappropriées comme : qu’est-ce qui vous arrive? Pourquoi avez-vous fait ça ? Cela vous vieillit beaucoup…Cela ajoute de la tristesse à votre visage.
D’où vient ce fétichisme capillaire ? Le souvenir de l’enfance quand on est innocent et lumineux ? Les stars américaines, écrasantes de beauté en femmes fatales ?
Quel est donc ce monde qui sacralise la Blonde ?
Cette valorisation de la blondasse, pousse même les plus mates à se décolorer les cheveux entraînant souvent un manque de naturel déconcertant et une perte de matière du cheveu. Mais c’est aussi une façon d’appartenir à une sorte d’élite, à un groupe trié sur le volet, remarquable, remarqué, celui des Blondes.
Et cette caste n’a qu’une obsession :la beauté et la persistance de sa couleur. Les situations en découlant sont bouleversantes, les Blondes s’épient entre elles, comparent leur couleur, ses mèches sont elles mieux faites que les miennes, la couleur est-elle plus claire ou moins claire. Quelle est sa base de départ, est-ce une vraie blonde ? Le seul passage au châtain est vécu par le Groupe comme une trahison.
Elles perdent un temps fou à se préoccuper de leur couleur et à la faire réaliser ; des heures chez le coiffeur à attendre et à lire des magazines peu enrichissants qui les ahurissent d’où leur mauvaise réputation. Ce n’est pourtant bien sûr pas la couleur de cheveux qui fait l’intelligence ou la bêtise, c’est la façon de coller au stéréotype, de la faire coincider à des attitudes. Elles vont loin parfois, elles accentuent le trait, soit en faisant la niaise qui ne parle pas et ne comprend rien (c’est parfois commode), soit en étant hostile et agressive comme une baby doll gâtée.
En effet, quand la Blonde se tait, elle est débile, et quand elle donne son avis, elle est insupportable…La Blonde n’a pas la vie facile !

F

mardi 21 avril 2015

Le premier Amour (ne) dure (pas) toujours

Cette journaliste pétillante s’approchait de la cinquantaine mais elle ne changeait pas, son sourire et son humour éclatant illuminaient toujours ma journée. Son mari lui aussi était journaliste, ils avaient, je crois, 3 enfants.
Elle venait de contracter une infection sexuellement transmissible à trichomonas vaginalis après un rapport non protégé, avec son Amant, son Premier Amour récemment retrouvé sur un réseau social.
Elle avait à l’époque vécu une rupture douloureuse. Il était allé étudier au Canada sans jamais se retourner. Elle avait recouru à une interruption de sa grossesse toute débutante dans le plus grand secret, sans même l’en informer.
Il s’était marié dès son arrivée avec un mannequin canadien, pour laquelle il eut selon ses propres termes, un coup de foudre.
Ils ne s’étaient jamais revus depuis son départ à l’étranger, 25 ans auparavant, jusqu’à quelques semaines avant cette consultation…
Depuis l’avènement des réseaux sociaux, privés ou professionnels, nous sommes nombreux à rechercher, à contacter des anciens collègues, des amis perdus de vus, des anciennes conquêtes .On peut  découvrir en un clic leurs visages actuels,  et se dire à quel point on est resté magnifique et eux pas. On y suit  leurs carrières, leurs voyages, la composition de leur famille...
Il est alors facile de décider, à tort ou à raison, que le passé n’appartient plus au passé. Renouer avec le passé par angoisse de la mort, pour étaler sa réussite,  pour…
Elle avait l’eau à la bouche de cette connexion dès le premier mot échangé.
Qu’est-ce qui a pu pousser cette femme si solide, si heureuse en ménage, vers cet Amant ? Le changement, l’attrait de l’inconnu (enfin plutôt l’ivresse des retrouvailles dans le cas présent) ? Non, juste le Premier Amour. Un élément immuable de nos vies, comme nos enfants. Celui qui après (parfois longtemps après) la dissipation du bruit des assiettes cassées ou des disputes, laisse un souvenir délicieux et sucré. Celui qui vous a vraiment appris ce qu’est le désir, plus qu’une sensation, un sentiment si envahissant, si profond qu’il traverse parfois les décennies.
Elle était rongée par le remord, il semblait plus confiant, plus détaché (peut-être était- il plus habitué à cette situation…)
Qui pourrait résister au plaisir de regoûter une vieille soupe, et de voir si réchauffée elle est encore meilleure ?

F

mercredi 15 avril 2015

Chacune cherche sa chatte...

Une jeune patiente de 28 ans souhaitait me montrer des lésions génitales. Elle semblait situer le clitoris à la place de la fourchette périnéale, zone la plus postérieure de la vulve (proche de l’anus). Et là, écoutant ma bienveillance médicale et par solidarité envers une semblable, je me suis dit qu’il me fallait TOUT lui expliquer et lui éviter ainsi de n’avoir aucun orgasme les 40 années à venir. Il n’y a pas que le sexe dans la vie… Mais il y a aussi le sexe dans la vie.
En effet, contrairement aux Hommes dont le matériel sexuel est externe, évident, immédiatement accessible et visible, plus simple (à l’instar de leur esprit ?), l’anatomie intime des Femmes est souvent mal connue, plus enfouie, plus secrète, plus mystérieuse… J’entrepris quelques explications sur la localisation très antérieure (si, si) du clitoris, de sa nature. Il s’agit également d’un organe érectile , petit certes mais efficace malgré tout. On le dénomme fréquemment mini-pénis sur les bancs de la Faculté de Médecine (enfin en plus vulgaire …)
Elle était gênée au début de son ignorance, puis elle avait l’air satisfaite de TOUT savoir enfin sur la composition de sa vulve. Cette ignorance, probablement liée à la complexité et au côté tabou de l’intimité féminine est très fréquente, empêchant quelquefois de profiter de certains moments de manière optimale…Cela explique sans doute que les jeunes filles de 20 ans font l’amour avec des futurs mécaniciens ou des futurs ingénieurs, et que lorsqu’elles en ont 25, elles préfèrent les étudiants ou les internes en médecine, pour leur parfaite connaissance et maîtrise de l’anatomie féminine…

mardi 14 avril 2015

Préambule aux billets d'humeur du dr

Ma vie de médecin libéral et hospitalier avec sa multitude de rencontres formidablement humaines, ne manque pas de faire écho à ma vie personnelle passée et présente.
Les discussions avec mes patients sont à l'origine de mes interrogations, de mes doutes, quant aux enjeux de notre époque pour les hommes et les femmes que nous sommes.
Les gens que je côtoie, sous couvert de symptômes qui sollicitent l'attention et la technicité du médecin et de la confiance qui se noue alors, me confient leurs histoires. Elles sont la base de réflexions et d'introspections, mais elles ne font qu'inspirer très librement ces billets d'humeur que je vous propose et les récits sur lesquels ils reposent.
Les secrets médicaux ou non y seront toujours préservés.
Je suis très reconnaissante à mes patients d'être à la source de cette inspiration, me permettant d'oser cheminer toujours un peu plus au fond de moi-même et bousculer des pensées que je voulais indéboulonnables. 
Quant à vous chers lecteurs, je vous invite à cette aventure, sur ce blog d'un genre différent à partir du 15 avril 2015 ... un peu de recul vis-à-vis de nos certitudes!
F