samedi 19 mai 2018

SAMU, je te dois mon salut!


Les soignants du libéral ou du service publique sont régulièrement pris pour cible et de plus en plus malgré un système de santé envié par de nombreux pays. Parfois de manière si virulente qu'on a la sensation que tout ce système est remis en cause à chaque instant.

Tout le monde y passe : les médecins, les pompiers, les urgences puis plus récemment le très apprécié SAMU.

Le service d'aide médicale urgente ou SAMU a été crée pour assurer les secours urgents, l'assistance pré-hospitalière des patients en urgence absolue, toute cause confondue (malaise, accident…)
Dans les années 50, il s'agissait surtout d'assurer les transports entre les hôpitaux de patients graves, qui habituellement mourraient dans les ambulances ordinaires, sans matériel de réanimation, sans oxygène, notamment lors d'épidémies.
Puis se sont dessinées les notions de régulation de l'urgence, de coordination des soins, de programmation en amont, dans les années 60-70.
Un médecin anesthésiste-réanimateur le Pr Virenque prend les commandes du premier SAMU en 1972 et le 15 est mis en place en 1979.

Le SAMU intervient non seulement pour les premiers soins mais aussi lors des situations de crises sanitaires aigues et d'urgences collectives, peut mettre en place si besoin des postes médicaux avancés.

Les médecins du SAMU prennent part à des gestes de plus en plus complexes bien avant l'arrivée à l'hôpital : fibrinolyse c'est-à-dire reperfusion d'une artère bouchée lors d'un infarctus du myocarde lorsque le délai d'arrivée en unité de soins intensifs cardiaques est jugé trop long, mise en place d'une circulation extra corporelle lors d'un arrêt cardiaque…
Cette invention de génie qu'est le SAMU s'est largement exportée et s'est internationalisée.
La régulation médicale chapeautée par le médecin régulateur (la gestion des appels au centre 15) va de l'aide téléphonique à l'envoi d'ambulances simples ou non.

Ce tri (ce triage même) est une notion ancienne qui a débuté lors des guerres ou des catastrophes, selon la gravité et le pronostic des patients. Lors de la première guerre mondiale, ce tri était effectué par des chirurgiens expérimentés puis le tri se poursuivait à l'entrée à l'hôpital par des infirmiers d'orientation.
Ce ''choix'', cette sélection par les équipes soignantes, et j'entends par équipe soignante, tous les protagonistes, de l'opérateur au médecin, est cornélien. Il dépend de nombreux paramètres pas toujours scientifiques, parfois très intuitifs. La première interaction avec un patient n'est pas toujours aisée et a fortiori par téléphone.

Sans défendre personne, la critique des soignants est souvent malhabile, trop facile, contre productive.
Il n'est pas non plus acceptable que lorsque vous tapiez SAMU sur un moteur de recherche, ne s'affichent que des articles relatant de fautes, de plaintes, de procès en cours.
Les commentaires négatifs, les propos les plus diffamatoires, que ni l'Ordre des Médecins ni le Ministère de la santé n'essaient d'interdire, déchirent la toile et se répandent comme une traînée de poudre.

Bien entendu, il faut pointer du doigt les dysfonctionnements, administratifs, individuels, médicaux, enseigner, former, organiser.
Mais à bon escient, pour avancer, pour progresser, pas en jetant les soignants en pâture à la foule et aux médias.

Comme beaucoup de personnes en France, je dois mon salut au SAMU.
Une septicémie sur une péritonite, et le glissement rapide vers un choc septique.
Je ne saurais jamais le nom du réanimateur qui m'a sauvé sinon je lui aurais érigé une statue. Je me souviens uniquement de sa voix grave, qui dans mon semi-coma, annonçait à ses collègues, calme et déterminé : ''ça y est, je l'ai récupérée'' F








samedi 23 décembre 2017

Non rien, juste la routine!


Début de semaine difficile avec une matinée essentiellement dédiée à la petite chirurgie. Je commençais avec un patient de 44 ans qui était venu me consulter quelques semaines auparavant pour une lésion récente et bourgeonnante du bas du dos peu spécifique.
Je l'avais alors trouvée peu inquiétante. J'avais même été plutôt rassurante. Je l'avais retiré, et donné à analyser. 
Et là, mauvaise surprise, l'anatomopathologiste avait découvert une tumeur grave. Je me préparais à le lui annoncer avant de le réopérer pour réaliser une marge de sécurité afin d'en améliorer le pronostic. (les cellules cancéreuses ayant la fâcheuse habitude de se propager localement d'abord puis à distance). 
J'ai pris mes deux rames et j'ai débuté mes explications face à un visage défait et étonné dans une ambiance forcément tendue. Silence pesant, colère contenue, sanglots étouffés. L'intervention s'est malgré tout bien passée.
Puis, la 2ème patiente (magnifique blonde d'une soixantaine d'années au visage et au corps parfaits) est entrée vociférante dans mon cabinet m'expliquant qu'elle avait dû interrompre son cours de gym (sic) pour être à l'heure alors que je venais de la faire patienter en salle d'attente (parmi tous ces gens) plus de vingt minutes...
J'ai cru rattraper le retard avec le troisième patient.
Motif de sa consultation: bulle indolore et arrondie de la verge (comprenez ampoule sur le zizi) depuis une semaine. Pas de contexte infectieux, lésion isolée. Bulle probablement d'origine mécanique.
Je l'ai percée avec une aiguille stérile, ce n'est pas (très) douloureux.
Puis je lui ai dit que ce n'était pas grave, juste une ampoule, probablement liée à des frictions répétées, comme on peut en avoir sur les pieds après le port de chaussures neuves, ou après le sport...
Les éclaircissements simples aux yeux des médecins ne le sont pas toujours pour les patients. Et la consultation s'est éternisée. Interloqué, il a réfléchi, et n'a pipé mot un long moment avant de se rhabiller et de s'en aller.
Alors qu'elle m'avait déjà apporté la dernière notification de l'URSSAF et les différents paiements en retard, la secrétaire s'est glissée dans l'entrebaîllement de la porte, l'air vaguement inquiet.
Des agents de la police judiciaire souhaitaient me poser des questions au sujet d'un patient. Retranchée derrière le secret médical qui ne souffre que peu de dérogations, je les ai raccompagnés à la porte d'entrée.
Je commençais à opérer une lésion hyper vascularisée du cuir chevelu d'un patient d'une cinquantaine d'années avec beaucoup de difficultés. Je sentais les gouttes de sueur perler sur mon front et s'écraser sur le champ opératoire. Puis une suture a lâché, puis une deuxième...Je n'arrivais pas à faire l'hémostase (comprenez ça saignait la rage).
Malgré un bon jeu de jambes acquis aux urgences, je n’ai pas pu éviter les éclaboussures de sang sur mes nouvelles chaussures en daim fauve.
J'ai supplié le chirurgien de la salle d'à côté de me venir en aide avec une moue de fillette fragile. J'ai fait abstraction de sa petite remarque moqueuse et paternaliste : ''ben alors, on ne sait plus faire un point en X ?''
Heureusement, le patient n’a pas été effrayé par mes tergiversations et par nos discussions. Il comprenait que je passais une mauvaise journée. Tentant de me rassurer, il m’a même dit : « c’est la loi des séries docteur, comme le jour où ma femme m’a quitté. Je suis descendu au café me détendre, j’ai posé mon sac à mes pieds et on me l’a dérobé. »
Sur ces bonnes paroles, j’ai pris mon téléphone portable pour appeler mes amis et j’ai réalisé qu’il ne fonctionnait ni en émission d’appels, ni en réception. Le service technique de mon opérateur téléphonique, contacté dans la foulée, m’a achevé : « c’est le propre du bug, on ne sait l’expliquer. »
Non rien, juste la routine. F

 

mercredi 15 novembre 2017

Les frasques des fresques (Faut-il effacer les fresques des salles de garde?)


Entrer dans une salle de garde d'un hôpital la première fois m'a fait le même effet que feuilleter un numéro de Fluide Glacial, magazine ancêtre de Charlie, qui ferait rougir un charretier.


Un temple de la régression et de la transgression avec des fresques à caractère pornographique du sol au plafond caricaturant les médecins qui viennent y déjeuner parfois dîner et décompresser.
Ils (elles) y sont représenté(e)s souvent nu(e)s avec des partenaires multiples, dans des positions acrobatiques.


La surprise est totale devant ces dessins incroyables: sexes en réalité augmentée, fellations colorées, scènes historiques et mythologiques revisitées... Ils célèbrent un humour carabin, décalé et débridé.


Les salles de garde sont les réfectoires des médecins hospitaliers hommes et femmes qui le souhaitent (internes accompagnés de leurs externes, chefs de cliniques, praticiens hospitaliers...).
Ces lieux privés, réservés aux initiés, sont des locaux alloués par les directeurs d'hôpitaux.
D'abord au XVIIIe siècle pour la corporation des chirurgiens qui vivent à l'hôpital, puis au XIXe siècle pour tous les internes dont le statut venait d'être créé.


Gilles Tondini un photographe auteur a eu le privilège de les parcourir et de les faire connaître au grand public dans son ouvrage appelé l'image obscène.
De Gustave Doré à Cabut, des dessinateurs de renom, y ont mis leur patte.


Un rituel rigoureux et étonnant habite ces salles de garde.
Les tables sont disposées en U, les médecins y pénètrent exclusivement en blouses et s'assoient par ordre d'arrivée et seulement après avoir tapé sur le dos de chacun des convives déjà installés en signe d'appartenance à leur confraternité. La nappe est un drap (souvent jaune citron aux couleurs de l'APHP) sur laquelle on s'essuie la bouche faute de serviettes. Personne n'est autorisé à parler de médecine jusqu'à ce que le café soit posé à table en fin de repas.
Les médecins ne partiront qu'après avoir eu l'autorisation de l'économe.


L'économe, nommé pour un semestre renouvelable, sorte de souverain intendant, dirige ses administrés et fait respecter ces règles anciennes sous peine de la taxe, une sorte de gage désigné par le lancement d'une roue de loterie.
Il lui incombe d'organiser les améliorés (déjeuners haut de gamme à thème), et les tonus (soirées de fins de semestre d'interne, costumées ou pas du tout…)
Ridicule ce cérémonial ? Probablement. Mais ce sont les maladies qui tuent, jamais le ridicule.

De nombreuses salles de garde sont en train de fermer, le motif invoqué est économique.
Par ailleurs, l'APHP se pose actuellement une question des plus importantes: faut-il effacer les fresques des salles de garde ? Le motif invoqué est le sexisme qui s'en dégage. Qu'en pensent les principales et principaux intéressé(e)s c'est à dire les internes ?

Peut-être faut-il d'abord condamner et sanctionner les attitudes de certains médecins dans les services plutôt que des dessins.
Sexistes les médecins ? Dans la même proportion que le reste de la société ? Plus que les consultants ou les commerciaux dans leur cantine immaculée ? F




































jeudi 2 novembre 2017

Quand faut-il lâcher prise?

Tout le monde n'a pas la chance de mourir à 95 ans dans son sommeil entouré de sa famille et sans avoir jamais pris un médicament.
Depuis mes débuts à l'hôpital, j'ai été amenée à me poser des questions philosophiques telles que jusqu'où faut-il aller pour aider nos patients à vivre ? Quand la mort devient-elle préférable à la vie?
Je faisais la visite avec les infirmières un matin lorsque je trouvais une entrante des urgences inanimée dans son lit. Je ne connaissais pas encore son dossier, son passé, son traitement. Sans réfléchir, nous avons saisi le chariot de réanimation et nous l'avons récupérée, telle qu'elle était préalablement sans aggravation ni amélioration. Puis nous l'avons fait admettre en service d'unités de soins intensifs. Son mari était soulagé. Ils allaient reprendre leur quotidien, un quotidien sans déplacement, sans fête, un quotidien limité, certes. Les réanimateurs nous ont reproché nos manoeuvres, estimant que cette patiente avait des antécédents trop importants pour être sauvée, pour continuer à vivre. Là se dessine l'éternel débat : qu'appelle-t-on vivre ?
Un problème grave de santé suscite toujours de nombreuses questions quant à sa résolution.
Certaines situations sont évidentes. Si l'on croit à la guérison avec une restitution ad integrum, tout doit être tenté, ça tombe sous le sens. Masser un jeune patient en arrêt cardio-respiratoire plus de 30 minutes, trouver un remède expérimental à l'étranger, tenter une chirurgie délicate, débuter des traitements lourds mal tolérés.
Certaines situations sont bien plus complexes. Les prises en charge ainsi varient. Aucun cas de figure n'est comparable en médecine mais force est de constater que l'acharnement à traiter un lymphome de Hodgkin chez un trentenaire sans antécédent ne peut pas être le même que s'il s'agissait d'un cancer du pancréas chez une personne âgée et poly pathologique.
A la fin de mon clinicat (ou post-internat), j'avais ainsi décidé de ne pas traiter un lymphome cutané chez une patiente grabataire atteinte d'une démence d'Alzheimer. J'avais demandé aux internes de n'effectuer qu'un traitement symptomatique et pas curatif. Lorsque je suis revenue dans le service à l'occasion d'une réunion quelques semaines après, cette patiente entamait alors sa troisième cure de chimiothérapie, mon avis n'ayant pas été suivi par la nouvelle équipe.
Améliorer le confort et soulager la douleur ne sont jamais négociables. Pour le reste, quand faut-il lâcher prise?
Dans les examens complémentaires ? Ne faire des explorations que si leur résultat a un véritable intérêt pour la suite?
En terme de thérapeutique ? De quoi faut-il tenir compte ? De l'avis du patient d'abord s'il est en mesure de l'exprimer et s'il est compatible avec la réalité, de celui de sa famille. Des antécédents, de l'histoire de la maladie, de sa possible réversibilité, de son évolution, de la souffrance engendrée par les pathologies, de la capacité à supporter un traitement.
Je pense toujours à cette phrase d'Orwell (qui l'utilisait plutôt dans un registre comportemental dans 1984) : il ne suffit pas de rester en vie, il faut rester humain.
A l'inverse, mon père, plutôt en bonne santé, venait d'avoir 67 ans lorsque le Docteur B. urologue parisien lui avait diagnostiqué un cancer de prostate localisé (de petite taille sans métastase). J'avais alors évoqué le traitement avec le Dr B. Je n'oublierai jamais son incroyable attitude attentiste : ''oh ce n'est qu'un tout petit cancer, on peut juste surveiller''. Attendre quoi ? Que le cancer se développe ? Que mon père meurt d'autre chose ? Je l'ai donc confié à un autre urologue qui l'a guéri.
Les médecins s'interrogent, ils se concertent. Il leur arrive de s'opposer, de se déchirer. Il est impératif que les patients et leurs familles prennent part à ces discussions, donnent leur opinion. Ces différentes interactions mènent à des choix, parfois cornéliens. F

mercredi 2 août 2017

La vaccination en questions et en réflexions


J'ai eu l'occasion de bénir la vaccination et ses inventeurs à de nombreuses reprises dans ma vie. Lorsque toute petite j'ai eu la rougeole. La vaccination n'était pas encore de mise. Un épisode douloureux et indélébile, la fièvre, l'inquiétude de mes parents, la fête pour célébrer ma guérison. 
Puis beaucoup plus tard de garde aux urgences pédiatriques, lorsque j'ai perdu un patient de 2 ans d'un purpura fulminans ( lésions dermatologiques liées à une infection par un méningocoque) malgré un diagnostic précoce et une instauration rapide des antibiotiques. 
Et enfin, lorsque j'ai observé, toujours aux urgences, une atteinte pharyngée incroyable chez un jeune roumain. Je n'ai alors pas évoqué la diphtérie, j'ignorais même que cette pathologie perdurait.
Depuis l'annonce du Pr Buzyn, nouvelle ministre de la santé, de rendre obligatoires 11 vaccins, la fronde anti vaccinale se mobilise (1) La période est à la méfiance et à la prudence, et internet se charge de jeter des pavés dans la marre et de rendre virale cette prudence. Les pétitions pullulent (2) et pas uniquement chez les adeptes du tout naturel. 
D'abord le doute est semé sur la dangerosité des vaccins en terme de contenus: aluminium (3), mercure, extraits d'êtres vivants (4)...
Les polémiques enflent: certains vaccins seraient suspectés d'entraîner des pathologies graves telles que la sclérose en plaques ou l'autisme. 
Les soupçons se répandent comme des traînées de poudre peu importe la nature des données sur lesquelles ils s'appuient. 
Les complots déchirent la toile. 
L'imputabilité des vaccins dans la genèse de l'autisme, me paraît personnellement difficile à établir.
C'est donc aux (vrais) scientifiques et à la justice de s'exprimer sur le sujet.
Les vaccins ont des effets secondaires certes, mais ils sont rares voire exceptionnels, connus, avérés et quantifiés.
Les détracteurs de la vaccination reprochent également aux laboratoires les bénéfices liés à la commercialisation des vaccins (3). Ce seraient les laboratoires qui pousseraient à l'obligation vaccinale pour s'enrichir sur le dos de la sécurité sociale et donc de nous tous.
Alors qu'ils auraient tellement plus à gagner si les gens n'étaient pas vaccinés vu les conséquences ... 
Les traitements curatifs sont toujours plus onéreux que les traitements préventifs. 
Cette animosité contre le monde médical est intéressante, le bashing du lien santé-argent est très classique. Laissons aux plus idiots l'indécence de telles pensées.
En revanche, j'ai noté parmi mes lectures deux éléments pertinents (5) qui donnent matière à réflexion; d'une part, ce n’est pas l’importance d’une maladie qui détermine l’introduction d’un vaccin mais la commercialisation d’un vaccin qui génère une priorité de santé publique concernant une maladie. 
D'autre part, un vaccin est présumé efficace tant que son inefficacité n’a pas été démontrée mais un effet indésirable est présumé fortuit tant qu’on n’a pas pu prouver de lien de causalité avec le vaccin incriminé.
De mauvais arguments sont parfois mis en avant pour promouvoir la vaccination et les anti vaccins les utilisent contre nous. 
Par exemple, on ne peut pas attribuer la diminution de la mortalité infantile en France uniquement à la vaccination de masse.
En effet, les conditions de vie et en particulier sanitaires se sont largement améliorées, la toile de fond est incomparable.
L'épidémie de choléra sévissant actuellement au Yémen (déjà plus de 2000 morts) est liée aux mauvaises conditions hygiéniques. 
La vaccination ne constitue donc pas la seule prévention. 
Avoir une action directe sur l'origine et la diffusion des agents infectieux est primordial quand cela est possible.
Autre mauvais argument: il n'est pas exact que la vaccination évite toujours et totalement la maladie. Le BCG notamment n'évite pas la primo infection tuberculeuse mais il limiterait la gravité de la tuberculose (en particulier la miliaire tuberculeuse)
Et pourtant même si la vaccination n'est pas tout, l'Organisation mondiale de la santé estime qu'elle demeure l'une des interventions sanitaires les plus efficaces et les plus économiques. 
Elle a permis d’éradiquer la variole, de réduire de 99 % à ce jour l’incidence mondiale de la poliomyélite, et de faire baisser de façon spectaculaire la morbidité, les incapacités et la mortalité dues à la diphtérie, au tétanos, à la coqueluche et à la rougeole. Pour la seule année 2003, on estime que la vaccination a évité plus de 2 millions de décès.
Pourquoi alors refuser la vaccination?
Parce qu'on croit à la séquence: je mange sain ça ira bien, aucune maladie dans ma vie...Si seulement c'était aussi simple.
Parce qu'on croit à la vaccination des autres. Si tout le monde est déjà vacciné, à quoi ça sert de se vacciner? 
À ceci près que les populations ne sont pas sédentaires. Elles migrent, s'expatrient, voyagent, se rencontrent.
Parce qu'on compte sur nos moyens techniques pour traiter ces maladies si elles arrivaient? Sauf que parfois le diagnostic de certaines pathologies n'est pas aisé et donc tardif.
Je vous ai parlé de la diphtérie mais j'ai eu aussi beaucoup de mal à reconnaître une rougeole lorsque j'en ai reçu une au cabinet il y a deux ans. 
J'en connaissais à peine la description et je n'en avais observé que dans les livres.
Enfin, la vaccination ne vaut que si elle est réalisée en masse pour éviter la propagation des pathologies, pourquoi s'opposer à cet acte de solidarité?
Faut-il par contre mettre sur le même plan ces 11 agents infectieux qui ont des modes de contamination si différents? 
Faut-il en passer par une obligation étatique? La coercition est elle une solution meilleure que la discussion?
Comme il est d'usage: je déclare n'avoir aucun conflit d'intérêt, ou plutôt je n'ai pas de conflit mais j'ai beaucoup d'intérêt.

F



(1) http://www.huffingtonpost.fr/2017/07/16/vaccin-obligatoire-comment-les-anti-vaccins-sorganisent-pour-i_a_23031372/
(2) https://petitions.santenatureinnovation.com/11-vaccins-bientot-obligatoires/script/
(3) http://www.lexpress.fr/actualite/societe/sante/vaccins-aluminium-autisme-la-video-eclairante-d-un-medecin-contre-les-rumeurs_1927989.html
(4) http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2017/07/24/les-vaccins-contiennent-ils-du-porc-du-chien-et-du-f-tus-humain_5164373_4355770.html
(5) http://docteurdu16.blogspot.com/2017/05/cmt-est-il-legitime-de-rendre.html

dimanche 16 juillet 2017

Mon sexe il est fun!


Depuis la nuit des temps, avoir un sexe au top nous préoccupe. Il faut d'abord qu'il soit attirant, parfois totalement épilé à l'égyptienne, parfois orné.

Les critères varient selon les époques et les tendances. Des petits rubans attachés sur leurs poils pubiens par les maîtresses des Rois de France aux teintures parfois très colorées de la pilosité intime en passant par le pubis strassé ou vajazzling (1).
On l'enjolive, on le rajeunit, on lui donne bonne mine, grâce à la cosmétique: crème repulpante, hydratante, éclaircissante. 
Il existe aussi du lipstick et du gloss pour les petites lèvres dans de nombreuses teintes.
Puis, on cherche comment améliorer les sensations, comment rendre les rapports inoubliables.

Cette obsession est désormais affichée, et plus uniquement réservée aux milieux spécialisés. Utilisation de gels lubrifiants en tout genre, introduction de différents objets : sex toy devenu classique, cigare chic (et présidentiel)...
Quel médecin n'a jamais observé les incidents et les accidents liés à ces introductions?

Certaines décorations transforment ces sensations comme les piercings génitaux (2) parfois au prix de déchirures des muqueuses.
Les bouglous, petits éléments cylindriques posés sous la peau de la verge, au cours d'un rite de passage, ont le vent en poupe notamment en Guyane française (3).

Ainsi, on croyait tout savoir sur comment pimenter notre sexualité jusqu'à il y a quelques mois où s'est produit un tremblement de terre dans le monde de l'orgasme (4). 
Les paillettes de vagin ou passion dust intimacy capsule viennent d'une start-up américaine et promettent des rapports fun et étincelants. 

Ces capsules sont à insérer dans le vagin une heure avant de faire l'amour. Les paillettes colorées et comestibles se libèrent grâce aux sécrétions vaginales et donneraient un goût agréable, doux et sucré à la vulve et au vagin.
Cette poussière magique a vite joui d'un tel bouche à oreille de la part des consommateurs/trices qu'elle est en rupture de stock. 
Leur couverture médiatique est très large (5,6,7...) dans les magazines féminins et les quotidiens. 

Mais la sonnette d'alarme a été tirée par les gynécologues: les paillettes sucrées feraient varier l'équilibre de la flore vaginale et favoriseraient les infections bactériennes et mycosiques ainsi que les irritations.
Par ailleurs, certaines trouvent sexiste qu'il faille des artifices pour rendre leur vagin plus attractif. Comme si le naturel ne pouvait pas donner seul l'envie d'y goûter.

F

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samedi 1 juillet 2017

A l'immortelle Mme Veil (un monument parmi les monuments)


Peu de personnes font véritablement l'histoire de France, sont véritablement l'histoire de France. Et vous en êtes, Mme Veil.
Vous avez subi une zone noire de l'histoire de France que vous avez fini par partager pour que personne ne puisse avoir l'indécence d'oublier ou l'impudence de relativiser.
Vous avez éclairé une autre partie de cette histoire en permettant un droit humain fondamental.
Au lieu de rester une histoire de femmes, qui plus est, légères et inconséquentes, l'avortement est devenu, grâce à vous, un débat sur la société, un débat sur la liberté, et a fini par concerner tout le monde.
Vous avez réussi à tordre les piliers censés guider nos décisions, opposés à notre indépendance, tels que la religion et sa morale (voire sa moralisation) ainsi que l'ordre établi, que vous avez osé remettre en question.
Tenter d'effacer enfin la confusion entre femme libre et femme facile.
Vous avez pris la parole si courageusement pour changer nos destinées devant un public hostile, peu convaincu.
Vous nous avez permis une réponse non clandestine, consentie, réfléchie certes uniquement par la femme, à une grossesse non désirée ou inattendue, parfois malgré une contraception jugée maîtrisée. Même si c'est toujours une réponse lourde et terrible, car c'est une décision toujours difficile.
Pour avoir rencontré de nombreuses femmes dans cette situation, et vous Madame Veil l'avez rappelé, la souffrance y demeure systématique.
Mais quelles que soient les motivations de ce recours, il donne lieu à des discussions, certes, mais désormais sans diabolisation, sans notion de punition.
Ne nous méprenons pas. Vous avez toujours défendu la vie mais pas dans n'importe quelle condition, pas par obligation.
Et choisir l'IVG, ce n'est pas détruire une vie, bien au contraire, c'est l'épargner, c'est décider, c'est soulager... Même si ce soulagement, tardif, est amer et incomplet, il est préféré à une vie forcée.
Alors que nos sœurs à l'étranger n'ont toujours pas les mêmes libertés, et ne sont pas prêtes de les avoir, que le droit à l'avortement est remis en question dans certains pays d'Europe comme l'Espagne ou la Pologne, le combat doit continuer et comme le disait l'autre Simone (de Beauvoir):
"N'oubliez jamais qu'il suffira d'une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant."

Vous représentez la grandeur de la France. Ainsi, le Président Macron vous a consacré ce jour de juillet.
Et pardonnez-moi l'expression, c'est une sorte de double doigt d'honneur à vos détracteurs, remplis de haine et de noirceur. 

Votre entrée au Panthéon a ainsi rendu définitif, au moins mentalement, le droit fondamental qu'est le droit à l'avortement et a scellé à jamais votre combat pour la mémoire de la Shoah. Ces deux épisodes sont désormais gravés dans le marbre pour l'éternité.

Vous êtes un monument parmi les monuments.
Comme tous les académiciens et les monuments, vous êtes immortelle, Mme Veil.

F