mercredi 2 août 2017

La vaccination en questions et en réflexions


J'ai eu l'occasion de bénir la vaccination et ses inventeurs à de nombreuses reprises dans ma vie. Lorsque toute petite j'ai eu la rougeole. La vaccination n'était pas encore de mise. Un épisode douloureux et indélébile, la fièvre, l'inquiétude de mes parents, la fête pour célébrer ma guérison. 
Puis beaucoup plus tard de garde aux urgences pédiatriques, lorsque j'ai perdu un patient de 2 ans d'un purpura fulminans ( lésions dermatologiques liées à une infection par un méningocoque) malgré un diagnostic précoce et une instauration rapide des antibiotiques. 
Et enfin, lorsque j'ai observé, toujours aux urgences, une atteinte pharyngée incroyable chez un jeune roumain. Je n'ai alors pas évoqué la diphtérie, j'ignorais même que cette pathologie perdurait.
Depuis l'annonce du Pr Buzyn, nouvelle ministre de la santé, de rendre obligatoires 11 vaccins, la fronde anti vaccinale se mobilise (1) La période est à la méfiance et à la prudence, et internet se charge de jeter des pavés dans la marre et de rendre virale cette prudence. Les pétitions pullulent (2) et pas uniquement chez les adeptes du tout naturel. 
D'abord le doute est semé sur la dangerosité des vaccins en terme de contenus: aluminium (3), mercure, extraits d'êtres vivants (4)...
Les polémiques enflent: certains vaccins seraient suspectés d'entraîner des pathologies graves telles que la sclérose en plaques ou l'autisme. 
Les soupçons se répandent comme des traînées de poudre peu importe la nature des données sur lesquelles ils s'appuient. 
Les complots déchirent la toile. 
L'imputabilité des vaccins dans la genèse de l'autisme, me paraît personnellement difficile à établir.
C'est donc aux (vrais) scientifiques et à la justice de s'exprimer sur le sujet.
Les vaccins ont des effets secondaires certes, mais ils sont rares voire exceptionnels, connus, avérés et quantifiés.
Les détracteurs de la vaccination reprochent également aux laboratoires les bénéfices liés à la commercialisation des vaccins (3). Ce seraient les laboratoires qui pousseraient à l'obligation vaccinale pour s'enrichir sur le dos de la sécurité sociale et donc de nous tous.
Alors qu'ils auraient tellement plus à gagner si les gens n'étaient pas vaccinés vu les conséquences ... 
Les traitements curatifs sont toujours plus onéreux que les traitements préventifs. 
Cette animosité contre le monde médical est intéressante, le bashing du lien santé-argent est très classique. Laissons aux plus idiots l'indécence de telles pensées.
En revanche, j'ai noté parmi mes lectures deux éléments pertinents (5) qui donnent matière à réflexion; d'une part, ce n’est pas l’importance d’une maladie qui détermine l’introduction d’un vaccin mais la commercialisation d’un vaccin qui génère une priorité de santé publique concernant une maladie. 
D'autre part, un vaccin est présumé efficace tant que son inefficacité n’a pas été démontrée mais un effet indésirable est présumé fortuit tant qu’on n’a pas pu prouver de lien de causalité avec le vaccin incriminé.
De mauvais arguments sont parfois mis en avant pour promouvoir la vaccination et les anti vaccins les utilisent contre nous. 
Par exemple, on ne peut pas attribuer la diminution de la mortalité infantile en France uniquement à la vaccination de masse.
En effet, les conditions de vie et en particulier sanitaires se sont largement améliorées, la toile de fond est incomparable.
L'épidémie de choléra sévissant actuellement au Yémen (déjà plus de 2000 morts) est liée aux mauvaises conditions hygiéniques. 
La vaccination ne constitue donc pas la seule prévention. 
Avoir une action directe sur l'origine et la diffusion des agents infectieux est primordial quand cela est possible.
Autre mauvais argument: il n'est pas exact que la vaccination évite toujours et totalement la maladie. Le BCG notamment n'évite pas la primo infection tuberculeuse mais il limiterait la gravité de la tuberculose (en particulier la miliaire tuberculeuse)
Et pourtant même si la vaccination n'est pas tout, l'Organisation mondiale de la santé estime qu'elle demeure l'une des interventions sanitaires les plus efficaces et les plus économiques. 
Elle a permis d’éradiquer la variole, de réduire de 99 % à ce jour l’incidence mondiale de la poliomyélite, et de faire baisser de façon spectaculaire la morbidité, les incapacités et la mortalité dues à la diphtérie, au tétanos, à la coqueluche et à la rougeole. Pour la seule année 2003, on estime que la vaccination a évité plus de 2 millions de décès.
Pourquoi alors refuser la vaccination?
Parce qu'on croit à la séquence: je mange sain ça ira bien, aucune maladie dans ma vie...Si seulement c'était aussi simple.
Parce qu'on croit à la vaccination des autres. Si tout le monde est déjà vacciné, à quoi ça sert de se vacciner? 
À ceci près que les populations ne sont pas sédentaires. Elles migrent, s'expatrient, voyagent, se rencontrent.
Parce qu'on compte sur nos moyens techniques pour traiter ces maladies si elles arrivaient? Sauf que parfois le diagnostic de certaines pathologies n'est pas aisé et donc tardif.
Je vous ai parlé de la diphtérie mais j'ai eu aussi beaucoup de mal à reconnaître une rougeole lorsque j'en ai reçu une au cabinet il y a deux ans. 
J'en connaissais à peine la description et je n'en avais observé que dans les livres.
Enfin, la vaccination ne vaut que si elle est réalisée en masse pour éviter la propagation des pathologies, pourquoi s'opposer à cet acte de solidarité?
Faut-il par contre mettre sur le même plan ces 11 agents infectieux qui ont des modes de contamination si différents? 
Faut-il en passer par une obligation étatique? La coercition est elle une solution meilleure que la discussion?
Comme il est d'usage: je déclare n'avoir aucun conflit d'intérêt, ou plutôt je n'ai pas de conflit mais j'ai beaucoup d'intérêt.

F



(1) http://www.huffingtonpost.fr/2017/07/16/vaccin-obligatoire-comment-les-anti-vaccins-sorganisent-pour-i_a_23031372/
(2) https://petitions.santenatureinnovation.com/11-vaccins-bientot-obligatoires/script/
(3) http://www.lexpress.fr/actualite/societe/sante/vaccins-aluminium-autisme-la-video-eclairante-d-un-medecin-contre-les-rumeurs_1927989.html
(4) http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2017/07/24/les-vaccins-contiennent-ils-du-porc-du-chien-et-du-f-tus-humain_5164373_4355770.html
(5) http://docteurdu16.blogspot.com/2017/05/cmt-est-il-legitime-de-rendre.html

dimanche 16 juillet 2017

Mon sexe il est fun!


Depuis la nuit des temps, avoir un sexe au top nous préoccupe. Il faut d'abord qu'il soit attirant, parfois totalement épilé à l'égyptienne, parfois orné.

Les critères varient selon les époques et les tendances. Des petits rubans attachés sur leurs poils pubiens par les maîtresses des Rois de France aux teintures parfois très colorées de la pilosité intime en passant par le pubis strassé ou vajazzling (1).
On l'enjolive, on le rajeunit, on lui donne bonne mine, grâce à la cosmétique: crème repulpante, hydratante, éclaircissante. 
Il existe aussi du lipstick et du gloss pour les petites lèvres dans de nombreuses teintes.
Puis, on cherche comment améliorer les sensations, comment rendre les rapports inoubliables.

Cette obsession est désormais affichée, et plus uniquement réservée aux milieux spécialisés. Utilisation de gels lubrifiants en tout genre, introduction de différents objets : sex toy devenu classique, cigare chic (et présidentiel)...
Quel médecin n'a jamais observé les incidents et les accidents liés à ces introductions?

Certaines décorations transforment ces sensations comme les piercings génitaux (2) parfois au prix de déchirures des muqueuses.
Les bouglous, petits éléments cylindriques posés sous la peau de la verge, au cours d'un rite de passage, ont le vent en poupe notamment en Guyane française (3).

Ainsi, on croyait tout savoir sur comment pimenter notre sexualité jusqu'à il y a quelques mois où s'est produit un tremblement de terre dans le monde de l'orgasme (4). 
Les paillettes de vagin ou passion dust intimacy capsule viennent d'une start-up américaine et promettent des rapports fun et étincelants. 

Ces capsules sont à insérer dans le vagin une heure avant de faire l'amour. Les paillettes colorées et comestibles se libèrent grâce aux sécrétions vaginales et donneraient un goût agréable, doux et sucré à la vulve et au vagin.
Cette poussière magique a vite joui d'un tel bouche à oreille de la part des consommateurs/trices qu'elle est en rupture de stock. 
Leur couverture médiatique est très large (5,6,7...) dans les magazines féminins et les quotidiens. 

Mais la sonnette d'alarme a été tirée par les gynécologues: les paillettes sucrées feraient varier l'équilibre de la flore vaginale et favoriseraient les infections bactériennes et mycosiques ainsi que les irritations.
Par ailleurs, certaines trouvent sexiste qu'il faille des artifices pour rendre leur vagin plus attractif. Comme si le naturel ne pouvait pas donner seul l'envie d'y goûter.

F

1)         
2)         
3)         
4)       
5)         
6) 
7)         

samedi 1 juillet 2017

A l'immortelle Mme Veil (un monument parmi les monuments)


Peu de personnes font véritablement l'histoire de France, sont véritablement l'histoire de France. Et vous en êtes, Mme Veil.
Vous avez subi une zone noire de l'histoire de France que vous avez fini par partager pour que personne ne puisse avoir l'indécence d'oublier ou l'impudence de relativiser.
Vous avez éclairé une autre partie de cette histoire en permettant un droit humain fondamental.
Au lieu de rester une histoire de femmes, qui plus est, légères et inconséquentes, l'avortement est devenu, grâce à vous, un débat sur la société, un débat sur la liberté, et a fini par concerner tout le monde.
Vous avez réussi à tordre les piliers censés guider nos décisions, opposés à notre indépendance, tels que la religion et sa morale (voire sa moralisation) ainsi que l'ordre établi, que vous avez osé remettre en question.
Tenter d'effacer enfin la confusion entre femme libre et femme facile.
Vous avez pris la parole si courageusement pour changer nos destinées devant un public hostile, peu convaincu.
Vous nous avez permis une réponse non clandestine, consentie, réfléchie certes uniquement par la femme, à une grossesse non désirée ou inattendue, parfois malgré une contraception jugée maîtrisée. Même si c'est toujours une réponse lourde et terrible, car c'est une décision toujours difficile.
Pour avoir rencontré de nombreuses femmes dans cette situation, et vous Madame Veil l'avez rappelé, la souffrance y demeure systématique.
Mais quelles que soient les motivations de ce recours, il donne lieu à des discussions, certes, mais désormais sans diabolisation, sans notion de punition.
Ne nous méprenons pas. Vous avez toujours défendu la vie mais pas dans n'importe quelle condition, pas par obligation.
Et choisir l'IVG, ce n'est pas détruire une vie, bien au contraire, c'est l'épargner, c'est décider, c'est soulager... Même si ce soulagement, tardif, est amer et incomplet, il est préféré à une vie forcée.
Alors que nos sœurs à l'étranger n'ont toujours pas les mêmes libertés, et ne sont pas prêtes de les avoir, que le droit à l'avortement est remis en question dans certains pays d'Europe comme l'Espagne ou la Pologne, le combat doit continuer et comme le disait l'autre Simone (de Beauvoir):
"N'oubliez jamais qu'il suffira d'une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant."

Vous représentez la grandeur de la France. Ainsi, le Président Macron vous a consacré ce jour de juillet.
Et pardonnez-moi l'expression, c'est une sorte de double doigt d'honneur à vos détracteurs, remplis de haine et de noirceur. 

Votre entrée au Panthéon a ainsi rendu définitif, au moins mentalement, le droit fondamental qu'est le droit à l'avortement et a scellé à jamais votre combat pour la mémoire de la Shoah. Ces deux épisodes sont désormais gravés dans le marbre pour l'éternité.

Vous êtes un monument parmi les monuments.
Comme tous les académiciens et les monuments, vous êtes immortelle, Mme Veil.

F

lundi 1 mai 2017

Chers confrères, vous n'y pensez pas?

Chers collègues, chers amis, vous vous apprêtez à voter au second tour des présidentielles le 7 mai. Vous vous posez des questions. 
Certains d'entre vous s'indignent de la proximité d'un des sélectionnés avec l'actuelle ministre de la santé. 
Certains comparent les programmes en matière de santé des deux finalistes.
Mais qui se rappelle des décisions santé des deux finalistes en 2002? Qui s'en serait soucié à l'époque avant d'émettre son vote? Comme le dit Renaud Dely, dans son édito impeccable du numéro de Marianne du 28 avril, sommes-nous devenus fous?
 Vous êtes déçus par la classe politique, c'est normal. Elle nous a plongé dans ce chaos duquel nous tentons de nous extraire. Elle nous a mené  à cette idée incroyable et erronée de choix.
Alors qu'il n'y a là aucun choix, à part l'heure à laquelle vous allez vous déplacer vers votre bureau de vote. La tentation n'est pas une option, encore moins une solution.
Vous allez vous rendre à votre bureau de vote ce fameux 7 mai. Pas pour la politique. Pas pour les politiques et je rejoins les propos du Dr Jérôme Marty dans sa lettre ouverte aux politiques sans scrupule.
Pour vous, pour vos descendants, pour Hippocrate et son serment, pour vos Maîtres qui vous ont enseigné l'humanité et la solidarité.
Bien confraternellement, bien amicalement.

F

Docteur, je crois que je sais ce que j'ai, vous en pensez quoi?

J'ai pu expérimenter le côté patient de la rencontre médecin-patient il y a quelques années. Juste avant de sombrer dans un coma vigile au détours d'une péritonite, j'ai aperçu le regard terrifié du médecin de SOS médecins qui repassait me voir. Je l'avais mal orienté en lui parlant de vomissements et de gastro entérite lors de sa première visite. Il m'avait trop bien écouté. Comment envisager alors une appendicite à l'origine d'une septicémie? Je l'avais induit en erreur.
Je reste persuadée que le début de la prise en charge est étroitement lié à la façon dont le patient présente les choses et à leur perception par le soignant. 
Un de mes anciens professeurs de dermatologie, Le Pr R., spécialisé en cancérologie cutanée, m'avait demandé d'assurer le suivi d'une de ses patientes, lors de son déménagement en région parisienne. 
Elle avait eu un mélanome (cancer de la peau) trois ans auparavant, ses bilans étaient négatifs jusque-là. 
Elle s'inquiétait pourtant d'une lésion pigmentée d'allure assez banale de l'avant-bras. Elle l'avait récemment montré au Pr R qui avait, à juste titre, évoqué un lentigo, lésion bénigne. 
Mais, elle insistait, je la sentais préoccupée. Lorsque je l'ai retiré, le résultat anatomo-pathologique lui a donné raison: il s'agissait bien d'un deuxième mélanome, de très bon pronostic heureusement, et pas d'un simple lentigo. 
L'intuition des patients est très importante, on le réalise notamment en pédiatrie quand les parents arrivent inquiets aux urgences. Leur impression est un préambule nécessaire et sert d'amorce à toute discussion. Il nous faut d'abord écouter. 
Ecouter mais avec une distance raisonnable,  un regard  bienveillant (pas de je suis le médecin, je sais tout) mais circonspect. 
Il m'arrive souvent de prendre en photos des lésions cutanées suspectes et de les regarder à tête reposée chez moi pour ne pas conclure hâtivement, dans un sens ou un autre, sous influence (je l'ai toujours eu docteur, on m'a dit que ce n’était pas grave).
Les données et leur utilisation varient selon l'état d'esprit du patient et aussi du soignant.  Un collègue m'a ainsi avoué qu'il décidait davantage de pratiquer des exérèses de naevi (retrait de grains de beauté) lorsqu'il se sentait en phase anxieuse.
Plus les bases de la relation de soin sont bonnes, plus la relation sera bonne. La qualité de cette relation impactera forcément le diagnostic et le traitement. Une relation de confiance,  un partenariat constructif, sans trop de proximité ni supériorité de la part du soignant, sans passivité ni hostilité de la part du malade.
De nombreuses enquêtes et études, dont celle des Archives of Psychiatry and Psychotherapy, 2012; 4 : 19–29 ont d'ailleurs montré à quel point le comportement agressif de certains patients se retournait contre eux et influençait négativement leur prise en charge.
Les explications, les réponses, les comportements des soignants s'adaptent souvent avec difficulté aux multiples situations : intervention de l'entourage parfois pesant, avis médicaux précédents parfois discordants ...
L'attitude de certains patients consistant à apporter au médecin sur un plateau le diagnostic voire le pronostic et le traitement, dessert et retarde la conduite à tenir. Elle provient souvent d’internet et des trop nombreuses informations qui y circulent impunément : sites et pseudo-sites scientifiques, blogs, forums…
Si certaines informations les aident et les renseignent vraiment, d'autres au contraire parasitent largement les discussions.
Il faut composer avec ce nouvel évangile aux millions d'apôtres, détricoter parfois les équations qu'ils sont certains d'avoir résolu.
La prise en charge d'un patient dépend certes de l'état des avancées scientifiques, des compétences des soignants, mais aussi de la façon d'être de chacun des interlocuteurs, du discours tenu, des rapports qu'ils entretiennent.
F

mercredi 8 mars 2017

Vous êtes un soignant pas un homme politique

Vous êtes médecin de garde lorsque l'infirmière vous appelle pour un patient en arrêt cardio-respiratoire. Etat inattendu pour ce patient sans antécédent particulier connu. Vous le massez, l'infirmière lui injecte une ampoule sous-cutanée d'adrénaline à votre demande, vous remuez dans tous les sens devant le chariot de réanimation mais rien n'y fait. L'infirmière remonte le drap sur ce visage figé  et vous murmure gentiment, la main sur votre épaule : c'est fini.
Vous êtes chirurgien en train d'opérer au bloc opératoire, une chirurgie de routine. Soudain, un bruit strident se fait entendre, l'électrocardiogramme est plat, les manœuvres de l'anesthésiste sont vaines, le patient vient de mourir sous vos yeux ébahis. Vous ignorez si vous avez fait une erreur dans la procédure comme fissurer une artère ou pas, et peu importe, la résultante est la même. Le décès est prononcé. Vous vous pencherez sur le dossier dans un deuxième temps mais il y a plus urgent.
Vous retirez votre masque et votre blouse. Vous inspirez un bon coup.
Et là, alors que vous n'avez même pas de conseiller en communication payé des millions (emploi fictif ou inutile?), vous vous préparez à vous adresser à la famille du défunt avec courage et honneur. Vous savez bien que ça n'effacera rien. Votre première déclaration sera pourtant déterminante.
Pas tant sur le plan juridique ou judiciaire, mais plutôt sur le plan humain.
Pour vous, pour eux. Pour leur dire que vous n'êtes pas irréprochable, que vous êtes un humain. Pour leur montrer que, coupable ou non, vous comprenez leur colère et leurs doutes, que vous appartenez comme eux à l'espèce humaine. Pour autant, vous ne cherchez pas d'excuse, vous évitez les ''ça arrive à tout le monde''.
Vous êtes désolé et c'est la chose que vous dites d'emblée et pas 2 semaines après.
Vous montrez votre solidarité et votre honnêteté. Vous n'affichez pas de déni, vous ne minimisez pas les faits. Ce n'est pas vous la victime.
Vous n'accusez pas les éléments ou d'autres protagonistes.
Vous n'évoquez pas Dieu, la religion étant restée à la maison.
Vous essayez de ne pas tout engluer dans une bouillie faussement bienveillante.
Chaque mot est réfléchi, décidé. Vous approuvez André Breton lorsqu'il dit : '' un mot et tout est perdu, un mot et tout est sauvé.'' Vous vous exprimez clairement avec des mots justes et vrais.
Nul doute alors, vous êtes un soignant, pas un homme politique.

F

jeudi 19 janvier 2017

Urgences!

La grippe, phénomène inédit de l'hiver, aggrave l'engorgement des urgences. Et le ministère de la santé de déclarer, je cite : j'ai demandé que l'aval des urgences soit fluidifié au maximum afin de pouvoir hospitaliser l'ensemble des personnes qui en auraient besoin et j'ai donné instruction pour que les patients soient pris en charge en ville quand leur état de santé le permet.
Et quand vous avez froid aux mains les enfants, sortez avec des gants !
Quelle lassitude! Jamais de remarque ou d'idée utile ou bienveillante, comme on serait en droit de l'attendre de nos dirigeants. Que des évidences, des banalités ou des idioties démagogiques, voire hostiles.
Ainsi, le tiers payant généralisé est affiché à tort comme une victoire populaire, une avancée sociale. Les français l'ont plébiscité paraît-il, à la lumière de plusieurs enquêtes d'opinion.
Mais dire que les français préfèrent le TPG revient à dire qu'ils préfèrent ne pas payer d'impôt ou être réveillés le matin par le baiser d'une mannequin plutôt que par leur radioréveil hurlant !
La question est trop peu pertinente. Elle est trop directe sans aucune explication sur le but pour l'état de ce TPG et de quoi il découle en réalité. D'un long mécanisme mortifère.
En effet, lorsque M. Van  Roekeghem, ancien d'AXA, est devenu directeur général de la Caisse nationale d'assurance-maladie des travailleurs salariés (CNAMTS) en 2004, il a été vivement critiqué pour sa gestion comptable d'assureur privé.
 Mais une fois au pouvoir en 2012, ce mouvement de déréglementation du secteur de la santé n'a finalement fait que s'intensifier, jusqu'à créer un système opaque contrôlé à distance, et jeter en pâture les professionnels de santé aux financiers et aux assureurs, sans efficacité sur le coût final pour les patients, bien au contraire.
Avec une véritable menace sur l’accès aux soins des français: la décorrélation entre le tarif de remboursement et la valeur économique de l’acte.
A cette situation, s'ajoutent un numerus clausus incroyable, une population vieillissante, consommatrice, exigeante, habituée à la gratuité des soins, des lourdeurs administratives, des charges conséquentes…
Dans un tel contexte, les médecins ne souhaitent plus s'installer et surtout pas dans des zones dépeuplées, certains s'expatrient et font profiter d'autres pays de leur savoir.
Certains font leurs études de médecine à l'étranger.
En milieu hospitalier, c'est pire. Les besoins humains et financiers augmentent et les budgets n'augmentent pas en conséquence, quand ils ne baissent pas...
Et là en 2016 pendant cette campagne, les gauches multiples clament leur idée de créer des dispensaires. Quelle idée formidable en théorie! Mais en pratique, qui est vraiment allé étudier leur faisabilité ? Comment les trouver ces médecins et infirmièr(e)s, toujours moins nombreux sur tout le territoire, qui accepteront d'être les salariés d'un système de santé moribond.
Et gros levée de boucliers lorsqu'un candidat de droite, pourtant pas forcément réputé pour son avant-gardisme, parle de réformer la sécurité sociale. Attention, il n'a pas dit stopper la protection sociale. Il est immédiatement sifflé, jeté aux chiens.
On l'accuse donc de vouloir privatiser le système de santé, ce qui est un comble, tout le monde en conviendra.
Acculé, il invoque alors Dieu pour se sortir de cette incompréhension.
Les défis en matière de santé sont énormes, seule une très bonne connaissance des différents terrains (les urgences, les services hospitaliers, la médecine de ville et de campagne…) permettrait de les relever.
En attendant, il ne faut pas oublier que si un seul candidat sera effectivement président, tous seront un jour des patients. F